Jacques Salomé- De l'enfant blessé à l'enfant émerveillé-

 

 

De l’enfant blessé à l’enfant émerveillé


Nous sommes, pour la plupart d’entre nous, porteurs de blessures plus ou moins vivaces engrangées dans notre histoire et surtout dans la petite enfance. Blessures ouvertes, précocement inscrites et durablement présentes dans la mémoire « fidèle de nos cellules », situations inachevées qui se crient longtemps après dans les souvenirs limpides ou confus, amnésies et refoulements autour de zones de vulnérabilité et de sensibilité aiguë qui nous transforment parfois en écorchés vifs.

Une blessure a son origine dans un événement un geste, une parole, un ressenti, entendu et reçu comme nous faisant violence. L’autre, en face, ne nous a pas fait nécessairement violence, mais nous pouvons en recevoir l’impact, comme une agression qui nous blesse, nous déstabilise, nous morcelle ou nous déstructure.

Un des enjeux à démystifier, dans la vie relationnelle d’une vie d’adulte, sera de découvrir l’incroyable habileté dont nous sommes capables pour entretenir les blessures de notre enfance ou de notre histoire familiale à leur maximum, à travers des rencontres et des relations qui ne sont pas bonnes pour nous et auxquelles cependant, avec beaucoup d’aveuglement, nous nous accrochons. Relations toxiques, en quelque sorte, qui vont réactiver en permanence ces blessures au lieu de les réduire au minimum. Cela devrait nous renvoyer à notre difficulté de faire des choix plus pertinents vers des rencontres vivifiantes et des relations structurantes qui pourraient apaiser nos blessures, éviter leur restimulation et nous confirmer dans une bonne estime de soi.

Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours un enfant blessé, humilié, incompris en chacun de nous. Un ex-enfant susceptible de se réveiller, de se faire entendre, de se manifester dans les situations les plus banales d’une vie d’adulte. En particulier dans une vie de couple, de parents, ou dans les situations d’une vie professionnelle qui sont porteuses d’une incroyable variété d’événements, susceptibles de faire revivre l’ex-enfant qui est en nous et de réactiver ainsi des sensibilités douloureuses. Il y a aussi en chacun de nous un enfant en attente d’émerveillements, de découvertes et d’enthousiasmes. Un enfant curieux, désireux d’entrer dans un mouvement d’étonnements et de croissance, un enfant susceptible de se relier à la beauté, à la justice ou à la compassion. Cet enfant-là sera éveillé, restimulé par des rencontres avec le beau, avec l’émotion d’un événement, avec la qualité d’un regard, d’une écoute, ou l’accueil d’un geste.

Ce sera tout le sens d’un accompagnement bienveillant, d’une présence proche, proposés à un enfant par un adulte disponible.

Mais tout se passe comme si les événements négatifs laissaient plus de traces en nous que les événements positifs. Et nous le savons bien : un seul jour de guerre laisse plus de violence et de désespérance dans une existence que trois cents jours de paix n ’y ont inscrit de beauté et d’espérance.

Le combat semble donc inégal et nous risquons d’être entraînés dans une succession de conflits avec nous-mêmes en développant des conduites de réparation ou de restauration qui nous font oublier que nous pouvons aussi utiliser nos énergies autrement, en pratiquant également la confirmation, qui consiste à ne pas prendre sur soi ce qui n’est pas bon pour soi. « Ce point de vue, ce regard négatif, ce jugement de valeur que tu portes sur moi, je le laisse chez toi.

Il n’est pas bon pour moi, je ne le ressens pas comme me concernant, je ne peux rien en faire... »

En particulier en acceptant de mieux recevoir et d’accueillir les messages d’amour, de bonté et de beauté que nous pouvons rencontrer partout ; en étant aussi plus vigilant sur la qualité des relations qui nous sont proposées ; en acceptant de nous relier au positif de chacun, au sens profond de chaque événement ; en écoutant et en prenant conscience que toute situation de vie recèle du positif.

Nous pouvons ainsi donner plus d’espace, plus de vie et plus de stimulations à l’enfant émerveillé qu’il y a en nous.


 Jacques Salomé

 

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Trouvé là: http://www.jacques-basse.net/?m=20081123

 

 

 

William Turner - Le peintre de la lumière-

 

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Autoportrait 1798

 

William Turner naquit en 1775 à Londres dans une famille anglaise modeste pour laquelle il eut toujours une grande affection. Son père était barbier et perruquier et fut, jusqu'à sa mort en 1829, son plus fidèle compagnon, sa mère devant sombrer dans la folie et décéder dans un asile en 1804.

De 1789 à 1793, il fait son apprentissage à la Royal Academy, et est l'élève du paysagiste Thomas Malton. Il réalise alors pour de riches commanditaires de nombreuses copies, et rencontre d'importants paysagistes et aquarellistes anglais comme Girtin.

En 1792, il commence ses voyages d'étude à travers l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Ecosse, peignant des paysages et des marines à l'aquarelle. Dès l'âge de 14 ans, Turner avait pris l'habitude, qu'il devait garder longtemps, de parcourir la campagne avec son cahier de croquis, marchant fréquemment plus de 40 kilomètres par jour.                

A partir de 1796, Turner exposera chaque année des tableaux à l'huile à la Royal Academy, principalement des sujets historiques représentés dans des paysages fantastiques et sublimés, dans un style proche de celui des peintres du 17ième et 18ième.

Turner connaîtra très jeune le succès et l'aisance, et jouira d'une immense réputation, étant élu académicien titulaire à vingt-sept ans. Quoiqu'il ne se déroba pas aux devoirs liés à ce statut, il les limitera au minimum et cherchera aussi épisodiquement des retraites secrètes, jusqu'à la fin de sa vie où sa retraite fut définitive puisqu'il disparut sous une fausse identité à Chelsea, quartier de Londres sur la Tamise.

Turner fut décrit par Constable ou Delacroix, comme un homme d'aspect négligé, aux manières frustres, taciturne et peu sociable, solitaire. Se consacrant à son art, Turner ne fondera pas de famille. S'il eut des compagnes dans sa vie, en particulier Sarah Danby vers 1798, qu'il supporta financièrement ainsi que ses enfants, et dont on pense qu'il eut son premier enfant, sa vie privée reste mal connue.

 

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"The Burning of the Houses of Lords and Commons" 1834

 

 

Ombre et ténèbres le soir du déluge

 Ombre et Ténèbres le soir du déluge, 1837-1840, Tate Gallery, Londres

 

  "Fishermen at Sea"

 

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L'incendie de la chambre des Lords

 

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Marine

 

 

 

 

MOUCHE - Guy de Maupassant-

 

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MOUCHE

 

    Il nous dit :

    En ai-je vu, de drôles de choses et de drôles de filles aux jours passés où je canotais. Que de fois j'ai eu envie d'écrire un petit livre, titré "Sur la Seine", pour raconter cette vie de force et d'insouciance, de gaieté et de pauvreté, de fête robuste et tapageuse que j'ai menée de vingt à trente ans.

    J'étais un employé sans le sou; maintenant, je suis un homme arrivé qui peut jeter des grosses sommes pour un caprice d'une seconde. J'avais au coeur mille désirs modestes et irréalisables qui me doraient l'existence de toutes les attentes imaginaires. Aujourd'hui, je ne sais pas vraiment quelle fantaisie me pourrait faire lever du fauteuil où je somnole. Comme c'était simple, et bon, et difficile de vivre ainsi, entre le bureau à Paris et la rivière à Argenteuil. Ma grande, ma seule, mon absorbante passion, pendant dix ans, ce fut la Seine. Ah l la belle, calme, variée et puante rivière pleine de mirage et d'immondices. Je l'ai tant aimée; je crois, parce qu'elle m'a donné, me semble-t-il, le sens de la vie. Ah l les promenades le long des berges fleuries, mes amies les grenouilles qui rêvaient, le ventre au frais, sur une feuille de nénuphar, et les lis d'eau coquets et frêles, au milieu des grandes herbes fines qui m'ouvraient soudain, derrière un saule, un feuillet d'album japonais quand le martin-pêcheur fuyait devant moi comme une flamme bleue ! Ai-je aimé tout cela, d'un amour instinctif des yeux qui se répandait dans tout mon corps en une joie naturelle et profonde.

    Comme d'autres ont des souvenirs de nuits tendres, j'ai des souvenirs de levers de soleil dans les brumes matinales, flottantes, errantes vapeurs, blanches comme des mortes avant l'aurore, puis, au premier rayon glissant sur les prairies, illuminées de rose à ravir le coeur; et j'ai des souvenirs de lune argentant l'eau frémissante et courante, d'une lueur qui faisait fleurir tous les rêves.

    Et tout cela, symbole de l'éternelle illusion, naissait pour moi sur de l'eau croupie qui charriait vers la mer toutes les ordures de Paris.

    Puis quelle vie gaie avec les camarades. Nous étions cinq, une bande, aujourd'hui des hommes graves; et comme nous étions tous pauvres, nous avions fondé, dans une affreuse gargote d'Argenteuil, une colonie inexprimable qui ne possédait qu'une chambre-dortoir où j'ai passé les plus folles soirées, certes, de mon existence. Nous n'avions souci de rien que de nous amuser et de ramer, car l'aviron pour nous, sauf pour un, était un culte. Je me rappelle de si singulières aventures, de si invraisemblables farces, inventées par ces cinq chenapans, que personne aujourd'hui ne les pourrait croire. On ne vit plus ainsi, même sur la Seine, car la fantaisie enragée qui nous tenait en haleine est morte dans les âmes actuelles.

    A nous cinq, nous possédions un seul bateau, acheté à grand-peine et sur lequel nous avons ri comme nous ne rirons plus jamais. C'était une large yole un peu lourde, mais solide, spacieuse et confortable. Je ne vous ferai point le portrait de mes camarades. Il y en avait un petit, très malin, surnommé Petit Bleu; un grand, à l'air sauvage, avec des yeux gris et des cheveux noirs, surnommé Tomahawk; un autre, spirituel et paresseux, surnommé La Tôque, le seul qui ne touchât jamais une rame sous prétexte qu'il ferait chavirer le bateau; un mince, élégant, très soigné, surnommé "N'a-qu'un-Oeil" en souvenir d'un roman alors récent de Cladel, et parce qu'il portait un monocle; enfin moi qu'on avait baptisé Joseph Prunier. Nous vivions en parfaite intelligence avec le seul regret de n'avoir pas une barreuse. Une femme, c'est indispensable dans un canot. Indispensable parce que ça tient l'esprit et le coeur en éveil, parce que ça anime, ça amuse, ça distrait, ça pimente et ça fait décor avec une ombrelle rouge glissant sur les berges vertes. Mais il ne nous fallait pas une barreuse ordinaire, à nous cinq qui ne ressemblions guère à tout le monde. Il nous fallait quelque chose d'imprévu, de drôle, de prêt à tout, de presque introuvable, enfin. Nous en avions essayé beaucoup sans succès, des filles de barre, pas des barreuses, canotières imbéciles qui préféraient toujours le petit vin qui grise, à l'eau qui coule et qui porte les yoles. On les gardait un dimanche, puis on les congédiait avec dégoût.

    Or, voilà qu'un samedi soir "N'a-qu'un- Oeil" nous amena une petite créature fluette, vive, sautillante, blagueuse et pleine de drôlerie, de cette drôlerie qui tient lieu d'esprit aux titis mâles et femelles éclos sur le pavé de Paris. Elle était gentille, pas jolie, une ébauche de femme où il y avait de tout, une de ces silhouettes que les dessinateurs crayonnent en trois traits sur une nappe de café après dîner entre un verre d'eau-de-vie et une cigarette. La nature en fait quelquefois comme ça.

    Le premier soir, elle nous étonna, nous amusa, et nous laissa sans opinion tant elle était inattendue. Tombée dans ce nid d'hommes prêts à toutes les folies, elle fut bien vite maîtresse de la situation, et dès le lendemain elle nous avait conquis.

    Elle était d'ailleurs tout à fait toquée, née avec un verre d'absinthe dans le ventre, que sa mère avait dû boire au moment d'accoucher, et elle ne s'était jamais dégrisée depuis, car sa nourrice, disait-elle, se refaisait le sang à coups de tafia; et elle-même n'appelait jamais autrement que "ma sainte famille" toutes les bouteilles alignées derrière le comptoir des marchands de vin.

    Je ne sais lequel de nous la baptisa "Mouche" ni pourquoi ce nom lui fut donné, mais il lui allait bien, et lui resta. Et notre yole, qui s'appelait Feuille-à-l'Envers fit flotter chaque semaine sur la Seine, entre Asnières et Maisons-Laffitte, cinq gars, joyeux et robustes, gouvernés, sous un parasol de papier peint, par une vive et écervelée personne qui nous traitait comme des esclaves chargés de la promener sur l'eau, et que nous aimions beaucoup.

    Nous l'aimions tous beaucoup, pour mille raisons d'abord, pour une seule ensuite. Elle était, à l'arrière de notre embarcation, une espèce de petit moulin à paroles, jacassant au vent qui filait sur l'eau. Elle bavardait sans fin avec le léger bruit continu de ces mécaniques ailées qui tournent dans la brise; et elle disait étourdiment les choses les plus inattendues, les plus cocasses, les plus stupéfiantes. Il y avait dans cet esprit, dont toutes les parties semblaient disparates à la façon de loques de toute nature et de toute couleur, non pas cousues ensemble mais seulement faufilées, de la fantaisie comme dans un conte de fées, de la gauloiserie, de l'impudeur, de l'impudence, de l'imprévu, du comique, et de l'air, de l'air et du paysage comme dans un voyage en ballon.

    On lui posait des questions pour provoquer des réponses trouvées on ne sait où. Celle dont on la harcelait le plus souvent était celle-ci :

    "Pourquoi t'appelle-t-on Mouche ?"

    Elle découvrait des raisons tellement invraisemblables que nous cessions de nager pour en rire. Elle nous plaisait aussi, comme femme; et La Tôque, qui ne ramait jamais et qui demeurait tout le long des jours assis à côté d'elle au fauteuil de barre, répondit une fois à la demande ordinaire :

    "Pourquoi t'appelle-t-on Mouche ?

    - Parce que c'est une petite cantharide. "

    Oui, une petite cantharide bourdonnante et enfiévrante, non pas la classique cantharide empoisonneuse, brillante et mantelée, mais une petite cantharide aux ailes rousses qui commençait à troubler étrangement l'équipage entier de la Feuille-à-l'Envers.

    Que de plaisanteries stupides, encore, sur cette feuille où s'était arrêtée cette Mouche.

    "N'a-qu'un-Oeil", depuis l'arrivée de "Mouche" dans le bateau, avait pris au milieu de nous un rôle prépondérant, supérieur, le rôle d'un monsieur qui a une femme à côté de quatre autres qui n'en ont pas. Il abusait de ce privilège au point de nous exaspérer parfois en embrassant Mouche devant nous, en l'asseyant sur ses genoux à la fin des repas et par beaucoup d'autres prérogatives humiliantes autant qu'irritantes.

    On les avait isolés dans le dortoir par un rideau.

    Mais je m'aperçus bientôt que mes compagnons et moi devions faire au fond de nos cerveaux de solitaires le même raisonnement : " Pourquoi, en vertu de quelle loi d'exception, de quel principe inacceptable, Mouche, qui ne paraissait gênée par aucun préjugé, serait-elle fidèle à son amant, alors que les femmes du meilleur monde ne le sont pas à leurs maris ? "

    Notre réflexion était juste. Nous en fûmes bientôt convaincus. Nous aurions dû seulement la faire plus tôt pour n'avoir pas à regretter le temps perdu. Mouche trompa " N'a-qu'un-Oeil" avec tous les autres matelots de la Feuille-à-l'Envers.

    Elle le trompa sans difficulté, sans résistance, à la première prière de chacun de nous.

    Mon Dieu, les gens pudiques vont s'indigner beaucoup ! Pourquoi ? Quelle est la courtisane en vogue qui n'a pas une douzaine d'amants, et quel est celui de ces amants assez bête pour l'ignorer ? La mode n'est-elle pas d'avoir un soir chez une femme célèbre et cotée, comme on a un soir à l'Opéra, aux Français ou à l'Odéon, depuis qu'on y joue les demi-classiques ? On se met à dix pour entretenir une cocotte qui fait de son temps une distribution difficile, comme on se met à dix pour posséder un cheval de course que monte seulement un jockey, véritable image de l'amant de coeur.

    On laissait par délicatesse Mouche à "N'a-qu'un-Oeil", du samedi soir au lundi matin. Les jours de navigation étaient à lui. Nous ne le trompions qu'en semaine, à Paris, loin de la Seine, ce qui, pour des canotiers comme nous, n'était presque plus tromper.

    La situation avait ceci de particulier que les quatre maraudeurs des faveurs de Mouche n'ignoraient point ce partage, qu'ils en parlaient entre eux, et même avec elle, par allusions voilées qui la faisaient beaucoup rire. Seul, "N'a-qu'un-Oeil" semblait tout ignorer; et cette position spéciale faisait naître une gêne entre lui et nous, paraissait le mettre à l'écart, l'isoler, élever une barrière à travers notre ancienne confiance et notre ancienne intimité. Cela lui donnait pour nous un rôle difficile, un peu ridicule, un rôle d'amant trompé, presque de mari.

    Comme il était fort intelligent, doué d'un esprit spécial de pince-sans-rire nous nous demandions quelquefois, avec une certaine inquiétude, s'il ne se doutait de rien.

    Il eut soin de nous renseigner, d'une façon pénible pour nous. On allait déjeuner à Bougival, et nous ramions avec vigueur, quand La Tôque, qui avait, ce matin-là, une allure triomphante d'homme satisfait et qui, assis côte à côte avec la barreuse, semblait se serrer contre elle un peu trop librement à notre avis, arrêta la nage en criant "Stop ! ".

    Les huit avirons sortirent de l'eau.

    Alors, se tournant vers sa voisine, il demanda :

    "Pourquoi t'appelle-t-on Mouche ? "

    Avant qu'elle eût pu répondre, la voix de "N'a-qu'un-Oeil", assis à l'avant, articula d'un ton sec :

    "Parce qu'elle se pose sur toutes les charognes."

    Il y eut d'abord un grand silence, une gêne, que suivit une envie de rire. Mouche elle-même demeurait interdite.

    Alors, La Tôque commanda :

    "Avant partout."

    Le bateau se remit en route.

    L'incident était clos, la lumière faite.

    Cette petite aventure ne changea rien à nos habitudes. Elle rétablit seulement la cordialité entre "N'a-qu'un-Oeil" et nous. Il redevint le propriétaire honoré de Mouche, du samedi soir au lundi matin, sa supériorité sur nous ayant été bien établie par cette définition, qui clôtura d'ailleurs l'ère des questions sur le mot "Mouche". Nous nous contentâmes à l'avenir du rôle secondaire d'amis reconnaissants et attentionnés qui profitaient discrètement des jours de la semaine sans contestation d'aucune sorte entre nous.

    Cela marcha très bien pendant trois mois environ. Mais voilà que tout à coup Mouche prit, vis-à-vis de nous tous, des attitudes bizarres. Elle était moins gaie, nerveuse, inquiète, presque irritable. On lui demandait sans cesse :

    "Qu'est-ce que tu as ?"

    Elle répondait :

    "Rien. Laisse-moi tranquille."

    La révélation nous fut faite par "N'a-qu'un-Oeil", un samedi soir. Nous venions de nous mettre à table dans la petite salle à manger que notre gargotier Barbichon nous réservait dans sa guinguette, et, le potage fini, on attendait la friture quand notre ami, qui paraissait aussi soucieux, prit d'abord la main de Mouche et ensuite parla :

    "Mes chers camarades, dit-il, j'ai une communication des plus graves à vous faire et qui va peut-être amener de longues discussions. Nous aurons le temps d'ailleurs de raisonner entre les plats.

    "Cette pauvre Mouche m'a annoncé une désastreuse nouvelle dont elle m'a chargé en même temps de vous faire part.

    "Elle est enceinte.

    "Je n'ajoute que deux mots :

    "Ce n'est pas le moment de l'abandonner et la recherche de la paternité est interdite."

    Il y eut d'abord de la stupeur, la sensation d'un désastre : et nous nous regardions les uns les autres avec l'envie d'accuser quelqu'un. Mais lequel ? Ah ! lequel ? Jamais je n'avais senti comme en ce moment la perfidie de cette cruelle farce de la nature qui ne permet jamais à un homme de savoir d'une façon certaine s'il est le père de son enfant.

    Puis peu à peu une espèce de consolation nous vint et nous réconforta, née au contraire d'un sentiment confus de solidarité

    Tomahawk, qui ne parlait guère, formula ce début de rassérènement par ces mots :

    "Ma foi, tant pis, l'union fait la force."

    Les goujons entraient apportés par un marmiton. On ne se jetait pas dessus, comme toujours, car on avait tout de même l'esprit troublé.

    N'a-qu'un-Oeil reprit :

    "Elle a eu, en cette circonstance, la délicatesse de me faire des aveux complets. Mes amis, nous sommes tous également coupables. Donnons-nous la main et adoptons l'enfant."

    La décision fut prise à l'unanimité. On leva les bras vers le plat de poissons frits et on jura.

    "Nous l'adoptons."

    Alors, sauvée tout d'un coup, délivrée du poids horrible d'inquiétude qui torturait depuis un mois cette gentille et détraquée pauvresse de l'amour, Mouche s'écria:

    "Oh ! mes amis ! mes amis ! Vous êtes de braves coeurs... de braves coeurs... de braves coeurs... Merci tous ! " Et elle pleura, pour la première fois devant nous.

    Désormais on parla de l'enfant dans le bateau comme s'il était né déjà, et chacun de nous s'intéressait, avec une sollicitude de participation exagérée, au développement lent et régulier de la taille de notre barreuse.

    On cessait de ramer pour demander :

    "Mouche ?"

    Elle répondait :

    "Présente.

    - Garçon ou fille ?

    - Garçon.

    - Que deviendra-t-il ? "

    Alors elle donnait essor à son imagination de la façon la plus fantastique. C'étaient des récits interminables, des inventions stupéfiantes, depuis le jour de la naissance jusqu'au triomphe définitif. Il fut tout, cet enfant, dans le rêve naïf passionné et attendrissant de cette extraordinaire petite créature, qui vivait maintenant, chaste, entre nous cinq, qu'elle appelait ses "cinq papas". Elle le vit et le raconta marin, découvrant un nouveau monde plus grand que l'Amérique, général rendant à la France l'Alsace et la Lorraine, puis empereur et fondant une dynastie de souverains généreux et sages qui donnaient à notre patrie le bonheur définitif, puis savant dévoilant d'abord le secret de la fabrication de l'or, ensuite celui de la vie éternelle, puis aéronaute inventant le moyen d'aller visiter les astres et faisant du ciel infini une immense promenade pour les hommes, réalisation de tous les songes les plus imprévus, et les plus magnifiques.

    Dieu, fut-elle gentille et amusante, la pauvre petite, jusqu'à la fin de l'été !

    Ce fut le vingt septembre que creva son rêve. Nous revenions de déjeuner à Maisons-Laffitte et nous passions devant Saint-Germain, quand elle eut soif et nous demanda de nous arrêter au Pecq.

    Depuis quelque temps, elle devenait lourde, et cela l'ennuyait beaucoup. Elle ne pouvait plus gambader comme autrefois, ni bondir du bateau sur la berge, ainsi qu'elle avait coutume de faire. Elle essayait encore, malgré nos cris et nos efforts; et vingt fois, sans nos bras tendus pour la saisir, elle serait tombée.

    Ce jour-là, elle eut l'imprudence de vouloir débarquer avant que le bateau fût arrêté, par une de ces bravades où se tuent parfois les athlètes malades ou fatigués.

    Juste au moment où nous allions accoster, sans qu'on pu prévoir ou revenir son mouvement, elle se dressa, prit son élan et essaya de sauter sur le quai.

    Trop faible, elle ne toucha que du bout du pied le bord de la pierre, glissa, heurta de tout son ventre l'angle aigu, poussa un grand cri et disparut dans l'eau.

    Nous plongeâmes tous les cinq en même temps pour ramener un pauvre être défaillant, pâle comme une morte et qui souffrait déjà d'atroces douleurs.

    Il fallut la porter bien vite dans l'auberge la plus voisine, où un médecin fut appelé.

    Pendant dix heures que dura la fausse couche elle supporta avec un courage d'héroïne d'abominables tortures. Nous nous désolions autour d'elle, enfiévrés d'angoisse et de peur.

    Puis on la délivra d'un enfant mort; et pendant quelques jours encore nous eûmes pour sa vie les plus grandes craintes.

    Le docteur, enfin, nous dit un matin : "Je crois qu'elle est sauvée. Elle est en acier, cette fille." Et nous entrâmes ensemble dans sa chambre, le coeur radieux.

    N'a-qu'un-Oeil parlant pour tous, lui dit :

    "Plus de danger, petite Mouche, nous sommes bien contents."

    Alors, pour la seconde fois, elle pleura devant nous, et, les yeux sous une glace de larmes, elle balbutia :

    "Oh ! si vous saviez, si vous saviez... quel chagrin... quel chagrin... je ne me consolerai jamais.

    - De quoi donc, petite Mouche ?

    - De l'avoir tué, car je l'ai tué ! oh ! sans le vouloir ! quel chagrin l... "

    Elle sanglotait. Nous l'entourions, émus, ne sachant quoi lui dire.

    Elle reprit :

    "Vous l'avez vu, vous ? "

    Nous répondîmes, d'une seule voix :

    "Oui.

    - C'était un garçon, n'est-ce pas ?

    - Oui.

    - Beau, n'est-ce pas ?

    On hésita beaucoup. Petit Bleu, le moins scrupuleux, se décida à affirmer :

    "Très beau."

    Il eut tort, car elle se mit à gémir, presque à hurler de désespoir.

    Alors, N'a-qu'un-Oeil, qui l'aimait peut-être le plus, eut pour la calmer une invention géniale, et baisant ses yeux ternis par les pleurs :

    "Console-toi, petite Mouche, console-toi, nous t'en ferons un autre."

    Le sens comique qu'elle avait dans les moelles se réveilla tout à coup, et à moitié convaincue, à moitié gouailleuse, toute larmoyante encore et le coeur crispé de peine, elle demanda, en nous regardant tous :

    "Bien vrai ?"

    Et nous répondîmes ensemble :

    "Bien vrai."

 

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Les précieuses RIDICULES... ;-)

 

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Résumé : Les Précieuses ridicules de Molière (1659)

 

La fille et la nièce d’un bon bourgeois, nommé M. Gorgibus, sont deux pédantes qui ne rêvent que de se voir entourées de beaux esprits, gens à la mode qui ne parlent que dans un style prétentieux ; elles ont changé leurs noms de Madelon et de Cathos pour les noms plus sonores d’Aminte et de Polixène et elles se posent en précieuses. Gorgibus, qui, avant tout, est un homme de gros bon sens, veut marier ces jeunes filles avec deux jeunes gens de bonne maison, nommés La Orange et du Croisy. Ces jeunes gens s’expriment avec simplicité et naturel, ce qui ne les recommande pas auprès de Cathos et de Madelon qui les éconduisent avec mépris. Les deux gentilshommes jurent de se venger et envoient chez elles, à cet effet, deux valets impudents, qui se donnent pour des hommes de qualité.

 

Nos deux sottes prennent les extravagances du marquis de Mascarille et du vicomte de Jodelet, puisque tels sont les noms qu’ils se sont donnés, pour la perfection de l’esprit et de la galanterie. Tout à coup, les maîtres arrivent, le bâton à la main, chercher leurs domestiques ; ils ne manquent pas de railler les coquettes sur le choix de leurs admirateurs et les laissent confondues et accablées de honte. Gorgibus les engage un peu rudement à profiter de la leçon et elles disparaissent devant cette apostrophe foudroyante : « Allez-vous cacher, vilaines, allez-vous cacher. »

 

 

Attaquer la sentimentalité des précieuses, ridiculiser leur afféterie et celle des gens de lettres qui s’étaient faits leurs courtisans, c’était de la part de Molière non seulement un acte de haute raison et de bon goût, mais encore un acte de courage, puisqu’il s’en prenait d’une part à des écrivains qui jouissaient d’une grande faveur, et de l’autre à des femmes à qui leur position sociale assurait un grand crédit.

 

Aussi, pour atténuer ce qu’il y avait de téméraire dans sa critique, Molière eut-il soin, dans le titre de sa pièce, d’ajouter au mot précieuses l’épithète ridicules, donnant de la sorte à entendre qu’il faisait deux catégories, qu’il acceptait, avec le public de son temps, le nom de précieuses, comme honorable pour une femme lorsqu’il impliquait l’idée d’une noble fierté, la délicatesse du sentiment, la finesse de l’esprit et de l’instruction, mais qu’il le vouait à l’ironie et au sarcasme de la foule lorsqu’il ne représentait que l’exagération de la pruderie, l’hypocrisie de la délicatesse et la vanité du bel esprit.

 

 

[D’après Daniel Bonnefon. Les écrivains célèbres de la France, ou Histoire de la littérature française depuis l'origine de la langue jusqu'au XIXe siècle (7e éd.), 1895, Paris, Librairie Fischbacher.]

 

 

Molière

 

Molière est un film français de Laurent Tirard réalisé en 2007.

 

Cette comédie, avec Romain Duris dans le rôle-titre, exploite une période de la vie de Molière dont on ne sait rien, avant les grands succès à venir : idéal pour broder une histoire haute en couleurs où bon nombre de pièces aujourd'hui classiques sont présentes « en situation » dans la vie du futur auteur reconnu.

 

Synopsis

 

En 1645, Molière qui dirige la troupe de « L’Illustre théâtre », se retrouve en prison, à cause de dettes impayées. Il est tiré de prison par Monsieur Jourdain, un riche bourgeois qui veut s’attacher ses services, pour séduire Célimène, une marquise en vue à la cour. Monsieur Jourdain, qui se rêve gentilhomme, projette de jouer une pièce de sa composition à Célimène. Dans son entreprise de rapprochement de la cour et de la noblesse, Monsieur Jourdain pense être aidé par Dorante, « son ami », un noble, en fait ruiné, et qui s’avère être un trompeur, uniquement intéressé par la fortune de Monsieur Jourdain et par les créances qu’il peut en obtenir.

 

Pour ne pas éveiller les soupçons de Madame Jourdain sur les intrigues de son mari, Molière, qui se fait passer pour un prêtre du nom de Tartuffe, est donc engagé en tant que précepteur de la jeune fille des Jourdain, Louison. Mais Madame Jourdain, Elmire, découvre bientôt la supercherie de cette identité (mais sans découvrir la véritable mission de Molière), après avoir lu, et aimé, un texte de théâtre écrit par Molière pour son mari. Une liaison naît entre Molière et Elmire.

 

Monsieur Jourdain, aveuglé par ses rêves de noblesse et obnubilé par sa flamme pour Célimène, ne se rend compte de rien. Alors que sa fille aînée, Henriette, aime un autre jeune homme, Valère, il a même accepté de la marier au fils de Dorante, Thomas, espérant ainsi en faire une comtesse et promettre sa descendance à la noblesse. Ni Molière, ni Madame Jourdain ne parviennent à déjouer ce projet de mariage forcé. Monsieur Jourdain finit par jouer sa pièce dans le salon que tient Célimène. Dorante arrive à lui faire croire que c’est un succès complet mais Molière lui prouve bientôt qu’il lui a menti, que Célimène n’a pas été touchée par sa pièce et qu’elle se moque même de lui, en public. Cet homme abusé, moqué, ridiculisé découvre, alors, que sa femme a un amant mais reste aveuglé sur le monde qui l’entoure. Au prix de ses sentiments et de sa liaison avec Elmire, Molière lui fait, alors, comprendre qu’il est cet amant et le conduit à reprendre pied dans la réalité. Le jour du mariage entre Henriette et Thomas, on apprend, en pleine cérémonie, que tous les entrepôts de Monsieur Jourdain ont brûlé et qu’il est un homme ruiné. À cette nouvelle, Dorante décide de se retirer avec son fils et de ne pas procéder au mariage, nouvelle preuve de sa cupidité et de son absence de sentiment pour « son ami ». Juste après, on apprend que c’est Monsieur Jourdain qui a orchestré cette nouvelle, afin de confondre Dorante. Il fait, alors, entrer Valère et l’heureux mariage d’amour est consacré. Molière part. La famille Jourdain peut retrouver une forme d’équilibre.

 

Le comédien finit par retourner à Paris, pour retrouver ses amis et une troupe. Ils partent en tournée dans toute la France, pendant de nombreuses années. Ils n’en reviennent, définitivement, qu’en 1658, date à laquelle la troupe de Molière se voit offrir la protection et le soutien de Monsieur, le frère du roi. Sa troupe s’appelle, désormais, la « troupe de Monsieur ». C’est à partir de là, que la grande carrière de Molière, dramaturge, comédien, metteur en scène, va naître. C’est là, aussi, à Paris, qu’il revoit Elmire, gravement malade, à l’article de la mort. Elle lui a pardonné son départ et le sacrifice de leur liaison.

 

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Si vous avez l'occasion de voir ce film, vous serez ravis ! :-)

 

F'

 

Le matelas de laine

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Oui, elle avait promis ; elle serait sage, non, il ne lui manquait rien, non, elle ne bougerait pas, non elle n’avait  pas envie d’aller aux toilettes.  Oui,  elle était assez grande pour comprendre.

Les réponses suivaient les questions, elle, n’avait pas prononcé un seul mot !

La porte d’entrée venait de claquer comme elle  l’avait  entendu claquer des   dizaines de fois, la grosse clef tourna dans la serrure,  les portières  de la voiture claquèrent aussi,  le moteur ronronna, la voiture s’éloigna  et un silence complet  s’installa.

Contrairement  à la plupart des autres jours, il avait plu. L’humidité remontait par le sol pavé de la petite remise qui  lui servait de chambre, le salpêtre luisait encore un peu plus sur les murs, et par instants, l’ampoule blafarde grésillait au bout d’un cordon  tissé. Elle  tourna l’interrupteur en faïence  et gagna le lit. Elle frissonna, l’humidité s’était aussi installée dans les draps. La fenêtre basse  de la vieille ferme qui donnait sur les iris et les œillets, laissait passer le vent et les bruit de la nuit.

Elle se pelotonna un peu plus dans le trou du matelas de laine. Elle plissa les yeux très fort, quand  elle entendit trotter les souris. Elle appela tout bas « Maman » et enfin, de grosses larmes jaillirent…

 

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 La Maman là n’est jamais venue, -jamais-, il a fallu renoncer, enfin,… va toujours bien, enfin, va comme on va à 87 ans…

 

F'

Aimer, selon Christian BOBIN ♥

 

Christian Bobin et le pape François 1er

 

Pour s'éprendre d'une femme, il faut qu'il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d'elle-même comme de vous.

(La part manquante, coll. folio #2554, p. 17)

 

 

Aimer quelqu'un, c'est le dépouiller de son âme, et c'est lui apprendre ainsi - dans ce rapt - combien son âme est grande, inépuisable et claire. Nous souffrons tous de cela: de ne pas être assez volés. Nous souffrons des forces qui sont en nous et que personne ne sait piller, pour nous les faire découvrir.

(Lettres d'or, coll. folio # 2680, p. 88)

 

 

[...] nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d'autre.

(L'inespérée, coll. folio # 2819, p. 52)

 

 

Une femme pour un homme, c'est ce qu'il y a de plus loin au monde.

(Le Très-Bas., coll. folio #2681, p. 27)

 

 

Il n'y a pas d'amour adulte, mûr et raisonnable. Il n'y a devant l'amour aucun adulte, que des enfants, que cet esprit d'enfance qui est abandon, insouciance, esprit de la perte d'esprit.

(Le Très-Bas., coll. folio #2681, p. 110)

 

 

[...] l'amour - ce versant escarpé de la solitude.

(L'éloignement du monde, p.13, Éditions Lettres Vives 1993)

 

 

Je crois qu'on ne peut rien faire de vous, sinon ça : passer outre à toute compréhension, à toute prévision, et vous aimer, inlassablement vous aimer.

(L'enchantement simple, p.21, Éditions Lettres Vives 1986)

 

 

[Aimer et mourir] sont deux lueurs qui ne font qu'un seul feu, et sans doute est-ce pour cela que nous aimons si peu, si mal : il nous faudrait consentir à notre propre défaite.

(Le huitième jour de la semaine, p.45, Éditions Lettres Vives 1986)

 

 

[...] les gens on les aime tout de suite ou jamais.

(La folle allure, p. 16, Éditions Gallimard 1995)

 

 

Écouter c'est quand on aime.

(La folle allure, p. 45, Éditions Gallimard 1995)

 

 

[...] pour bien écrire le mot amour, il y faudrait plus d'encre qu'il n'y a au monde.

(L'autre visage, p. 20, Éditions Lettres Vives 1991)

 

 

Pour être dans une solitude absolue, il faut aimer d'un amour absolu.

(Un désordre de pétales rouges, p. 51, Éditions Lettres Vives 1997)

 

 

[...] l'amour donné un jour, c'est pour toujours qu'il est donné.

(Autoportrait au radiateur, p.130, Gallimard NRF 1997)

 

 

Être amoureux, c'est souvent l'être " vaguement ".

(Geai, p.19, Gallimard NRF 1998)

 

 

Mon Dieu, protégez-nous de ceux qui nous aiment.

(Geai, p.32, Gallimard NRF 1998)

 

 

Quand on aime quelqu'un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, jusqu'à la fin des temps.

(Geai, p.37, Gallimard NRF 1998)

 

 

On croit aimer des gens. En vérité, on aime des mondes.

(Geai, p.100, Gallimard NRF 1998)

 

 

L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.

(Ressusciter, p.27, Gallimard nrf, 2001)