Conte d'ouverture des "Contes de la Bécasse"- Guy de Maupassant-

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La Bécasse par Guy de MAUPASSANT

 

[Conte d'ouverture du volume : "Les Contes de la bécasse"]

Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des chasseurs de sa province. Mais, depuis cinq à six années, une paralysie des jambes le clouait à son fauteuil ; il ne pouvait plus que tirer des pigeons de la fenêtre de son salon ou du haut de son grand perron.

Le reste du temps il lisait.

C'était un homme de commerce aimable chez qui était resté beaucoup de l'esprit lettré du dernier siècle. Il adorait les contes, les petits contes polissons, et aussi les histoires vraies arrivées dans son entourage. Dès qu'un ami entrait chez lui, il demandait :

- Eh bien, rien de nouveau ?

Et il savait interroger à la façon du juge d'instruction.

Par les jours de soleil il faisait rouler devant la porte son large fauteuil pareil à un lit. Un domestique, derrière son dos, tenait les fusils, les chargeait et les passait à son maître ; un autre valet, caché dans un massif, lâchait un pigeon de temps en temps, à intervalles irréguliers, pour que le baron ne fût pas prévenu et demeurât en éveil.

Et, du matin au soir, il tirait les oiseaux rapides, se désolant quand il s'était laissé surprendre, et riant aux larmes quand la bête tombait d'aplomb ou faisait quelque culbute inattendue et drôle. Il se tournait alors vers le garçon qui chargeait les armes, et il demandait, en suffoquant de gaieté :

- Y est-il, celui-là, Joseph ! As-tu vu comme il est descendu ?

Et Joseph répondait invariablement :

- Oh ! Monsieur le baron ne les manque pas.

A l'automne, au moment des chasses, il invitait, comme à l'ancien temps, ses amis, et il aimait entendre au loin les détonations. Il les comptait, heureux quand elles se précipitaient.

Et, le soir, il exigeait de chacun le récit fidèle de sa journée.

Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil.

C'étaient d'étranges et invraisemblables aventures, où se complaisait l'humeur hâbleuse des chasseurs. Quelques-uns avaient fait date et revenaient régulièrement. L'histoire d'un lapin que le petit vicomte de Bourril avait manqué dans son vestibule les faisait se tordre chaque année de la même façon. Toutes les cinq minutes un nouvel orateur prononçait :

- J'entends : "Birr ! Birr !" et une compagnie magnifique me part à dix pas. J'ajuste : pif ! paf ! j'en vois tomber une pluie, une vraie pluie. Il y en avait sept !

Et tous, étonnés, mais réciproquement crédules, s'extasiaient. Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le "conte de la Bécasse".

Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner.

Comme il adorait l'incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes les têtes.

Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert de bec. Une chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l'anxiété de l'attente.

Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l'épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petit bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet.

Tous les convives comptaient ensemble, d'une voix forte :

- Une, - deux, - trois.

Et le baron, d'un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.

Celui des invités que désignait, en s'arrêtant, le long bec pointu devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher ses voisins.

Il les prenait une à une et les faisait griller sur la chandelle. La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et l'élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir.

Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé.

Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l'ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.

Voici quelques-uns de ces récits...

 


Cabinet de travail de M.Guy de Maupassant à Paris...

 

Ce soir de pleine lune...

Diable

Nous entrons dans une zone de turbulence du fait de l’approche de la Pleine lune  du Dimanche 17 Novembre. Beaucoup d’agitation durant cette phase de trois jours, ne sachant peut-être pas sur quel pied danser.  De nouvelles dispositions de pensées vont remplacer, les précédentes devenus obsolètes. Il faut faire table rase sur le passé et accepter de perdre pour gagner une autre façon de progresser.  Ces trois jours vont être très émotionnels faisant remonter à la surface de la psyché des sentiments d’abandons, de frustrations et de déceptions. La séparation peut être ressentie douloureuse sous ces trois jours avant la Pleine lune qui est la phase de la montée maximal de l’énergie de la Lune. Les zones d’ombres vont émerger a la surface de la consciente pour être conscientisé et épuré de toutes ces peurs enfouis au plus profond de notre être intérieur.

Les aspirations rencontreront des obstacles parce que la période demande d’abandonner ce qui  ne peut servir notre évolution future,  sans  possibilité de se poser sur quelque chose de stable. Des affrontements intérieurs nécessaires pour mieux pouvoir se retrouver par rapport à sa morale. La devise pourrait devenir  « Je t’aime, moi non plus » et s’éterniser dans des jeux de pouvoir interminables. Surtout ne pas se fier aux apparences mais à ces véritables sentiments que l’on porte au fond de soi, comme une semence qui aurait fertilisé durant de long mois.  Nous entrons dans une phase de confrontation par rapport aux exigences des codes sociaux, des doutes pas toujours bien compris engendrant beaucoup de questionnement intérieurs.

Commençons à laver notre linge sale avant que les taches deviennent impossible à enlever malgré de la bonne volonté. Ne pas juger en fonction des apparences ou de ce qui nous arrange mais de nos ressentis profonds et non sous le feu de la colère ou de profond ressentiments qui refont surface.

http://lunesoleil23.wordpress.com/2013/11/14/trois-jours-avant-la-pleine-lune-du-17-novembre-2013-sous-un-climat-dincertitude/

 

 

 

 

Mémorial du LINGE- Monument historique-



La bataille du Linge oppose du 20 juillet au 15 octobre 1915, l'Armée française à l'Armée allemande durant la Première Guerre mondiale. Elle se déroule sur le collet du Linge près de Hohrod dans le département du Haut-Rhin. Cette bataille s'inscrit dans une série de combats dans les Vosges déclenchés par l'Armée française afin d'obtenir des positions dominantes pour une attaque future dans la plaine d'Alsace.
Ces combats et notamment la bataille du Linge sont particulièrement meurtriers pour des gains territoriaux minimes.

Le site est classé parmi les monuments historiques depuis 11 octobre 1921.


Le champ de bataille

Le Linge est une montagne recouverte pour partie de nombreux bois ou bosquets et de parois rocheuses escarpées. Les Allemands sont présents sur ce site depuis plusieurs mois. Ils l'ont aménagé en renforçant les défenses naturelles par l'ajout de blockaus à intervalles réguliers pour y positionner de l'artillerie ou de mitrailleuses et par plusieurs lignes de tranchées. Ils installent également de nombreux réseaux de fils de fer barbelés, certains sont masqués dans les bosquets ou les couloirs rocheux. Ces différents aménagements en font une position défensive très forte.


Bataille et affrontements

Caractérisé comme l’un des plus meurtriers combats entre l’Empire allemand et la France, les affrontements ont fait plus de 17 000 pertes dont 10 000 français.


Situé près d'Orbey, le musée mémorial du Linge rassemble tous les objets français et allemands qui ont été retrouvés sur place (armes, munitions, objets personnels et reliques). Source Wikipédia


MEMORIAL DU LINGE
    

Installé près du col du Wettstein, sur le champ de bataille du Linge, ce mémorial rappelle les combats qui se sont déroulés au collet du Linge en 1915. Combats qui causèrent la mort de 15 000 chasseurs français, d’où le nom de ce champ de bataille : «tombeau des chasseurs». Théâtre d’affrontements particulièrement meurtriers de la Première Guerre mondiale (20 000 soldats français et allemands s’y sacrifièrent), le Linge est aujourd’hui classé site historique. Le musée expose les objets français et allemands trouvés sur place : armes, munitions, objets personnels et reliques. Il présente des textes, des cartes géographiques, photos et montages vidéo de photographies d’époque. Le système de défense allemand, bien conservé, et les vestiges des tranchées françaises sont visibles sur le site, témoins émouvants de la guerre des tranchées.

*****

Il y a quelques années, je suis allée au Linge avec un groupe d'élèves. C'est là que je me suis rendue compte de ce qui s'était passé. Il faut savoir également que ces combattants étaient pour la plupart très jeunes, qu'entre deux charges sympathisaient... que d'absurdités dans les guerres!

 

Voici les photos que j'ai prises à l'époque:

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Et nous avons marché sur le lieu des combats... une terre gorgée de sang, c'était vraiment très éprouvant...

 

Fany

 


    

 

 

Menuet-Guy de Maupassant-

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Artiste  Jean-François Chevalier 

 

Menuet par Guy de MAUPASSANT

à Paul Bourget

Les grands malheurs ne m'attristent guère, dit Jean Bridelle, un vieux garçon qui passait pour sceptique. j'ai vu la guerre de bien près : j'enjambais les corps sans apitoiement. Les fortes brutalités de la nature ou des hommes peuvent nous faire pousser des cris d'horreur ou d'indignation, mais ne nous donnent point ce pincement au coeur, ce frisson qui vous passe dans le dos à la vue de certaines petites choses navrantes.

La plus violente douleur qu'on puisse éprouver, certes, est la perte d'un enfant pour une mère, et la perte de la mère pour un homme. Cela est violent, terrible, cela bouleverse et déchire ; mais on guérit de ces catastrophes comme de larges blessurent saignantes. Or, certaines rencontres, certaines choses entr'aperçues, devinées, certains chagrins secrets, certaines perfidies du sort, qui remuent en nous tout un monde douloureux de pensées, qui entr'ouvrent devant nous brusquement la porte mystérieuse des souffrances morales, compliquées, incurables, d'autant plus profondes qu'elles semblent bénignes, d'autant plus cuisantes qu'elles semblent presque insaisissables, d'autant plus tenaces qu'elles semblent factices, nous laissent à l'âme comme une traînée, un goût d'amertume, une sensation de désenchantement dont nous sommes longtemps à nous débarrasser.

J'ai toujours devant les yeux deux ou trois choses que d'autres n'eussent point remarquées assurément, et qui sont entrées en moi comme de longues et minces piqûres inguérissables.

Vous ne comprendriez peut-être pas l'émotion qui m'est restée de ces rapides impressions. Je ne vous en dirai qu'une. Elle est très vieille, mais vive comme d'hier. Il se peut que mon imagination seule ait fait les frais de mon attendrissement.

J'ai cinquante ans. j'étais jeune alors et j'étudiais le droit. Un peu triste, un peu rêveur, imprégné d'une philosophie mélancolique, je n'aimais guère les cafés bruyants, les camarades braillards, ni les filles stupides. Je me levais tôt ; et une de mes plus chères voluptés était de me promener seul, vers huit heures du matin, dans la pépinière du Luxembourg.

Vous ne l'avez pas connue, vous autres, cette pépinière ? C'était comme un jardin oublié de l'autre siècle, un jardin joli comme un doux sourire de vieille. Des haies touffues séparaient les allées étroites et régulières, allées calmes entre deux murs de feuillage taillés avec méthode. Les grands ciseaux du jardinier alignaient sans relâche ces cloisons de branches ; et, de place en place, on rencontrait des parterres de fleurs, des plates-bandes de petits arbres rangés comme des collégiens en promenade, des sociétés de rosiers magnifiques ou des régiments d'arbres à fruit.

Tout un coin de ce ravissant bosquet était habité par les abeilles. Leurs maisons de paille, savamment espacées sur des planches, ouvraient au soleil leurs portes grandes comme l'entrée d'un dé à coudre ; et on rencontrait tout le long des chemins des mouches bourdonnantes et dorées, vraies maîtresses de ce lieu pacifique, vraies promeneuses de ces tranquilles allées en corridors.

Je venais là presque tous les matins. Je m'asseyais sur un banc et je lisais. Parfois je laissais retomber le livre sur mes genoux pour rêver, pour écouter autour de moi vivre Paris, et jouir du repos infini de ces charmilles à la mode ancienne.

Mais je m'aperçus bientôt que je n'étais pas seul à fréquenter ce lieu dès l'ouverture des barrières, et je rencontrais parfois, nez à nez, au coin d'un massif, un étrange petit vieillard.

Il portait des souliers à boucles d'argent, une culotte à pont, une redingote tabac d'Espagne, une dentelle en guise de cravate et un invraisemblable chapeau gris à grands bords et à grands poils, qui faisait penser au déluge. Il était maigre, fort maigre, anguleux, grimaçant et souriant. Ses yeux vifs palpitaient, s'agitaient sous un mouvement continu des paupières ; et il avait toujours à la main une superbe canne à pommeau d'or qui devait être pour lui quelque souvenir magnifique.

Ce bonhomme m'étonna d'abord, puis m'intéressa outre mesure. Et je le guettais à travers les murs de feuilles, je le suivais de loin, m'arrêtant au détour des bosquets pour n'être point vu.

Et voilà qu'un matin, comme il se croyait bien seul, il se mit à faire des mouvements singuliers : quelques petits bonds d'abord, puis une révérence ; puis il battit, de sa jambe grêle, un entrechat encore alerte, puis il commença à pivoter galamment, sautillant, se trémoussant d'une façon drôle, souriant comme devant un public, faisant des grâces, arrondissant les bras, tortillant son pauvre corps de marionnette, adressant dans le vide de légers saluts attendrissants et ridicules. Il dansait !

Je demeurais pétrifié d'étonnement, me demandant lequel des deux était fou, lui, ou moi.

Mais il s'arrêta soudain, s'avança comme font les acteurs sur la scène, puis s'inclina en reculant avec des sourires gracieux et des baisers de comédienne qu'il jetait de sa main tremblante aux deux rangées d'arbres taillés.

Et il reprit avec gravité sa promenade.

A partir de ce jour, je ne le perdis plus de vue ; et, chaque matin, il recommençait son exercice invraisemblable.

Une envie folle me prit de lui parler. Je me risquai, et, l'ayant salué, je lui dis :

- Il fait bien bon aujourd'hui, Monsieur.

Il s'inclina.

- Oui, Monsieur, c'est un vrai temps de jadis.

Huit jours après, nous étions amis, et je connus son histoire.

Il avait été maître de danse à l'Opéra, du temps du roi Louis XV. Sa belle canne était un cadeau du comte de Clermont. Et, quand on lui parlait de danse, il ne s'arrêtait plus de bavarder.

Or, voilà qu'un jour il me confia :

- J'ai épousé la Castris, Monsieur. Je vous présenterai si vous voulez, mais elle ne vient ici que sur le tantôt. Ce jardin, voyez-vous, c'est notre plaisir et notre vie. C'est tout ce qui nous reste d'autrefois. Il nous semble que nous ne pourrions plus exister si nous ne l'avions point. Cela est vieux et distingué, n'est-ce pas ? Je crois y respirer un air qui n'a point changé depuis ma jeunesse. Ma femme et moi, nous y passons toutes nos après-midi. Mais, moi, j'y viens dès le matin, car je me lève de bonne heure.

Dès que j'eus fini de déjeuner, je retournai au Luxembourg, et bientôt j'aperçus mon ami qui donnait le bras avec cérémonie à une toute vieille femme vêtue de noir, et à qui je fus présenté. C'était la Castris, la grande danseuse aimée des princes, aimée du roi, aimée de tout ce siècle galant qui semble avoir laissé dans le monde une odeur d'amour.

Nous nous assîmes sur un banc. C'était au mois de mai. Un parfum de fleurs voltigeait dans les allées proprettes ; un bon soleil glissait entre les feuilles et semait sur nous de larges gouttes de lumière. La robe noire de la Castris semblait toute mouillée de clarté. Le jardin était vide. On entendait au loin rouler des fiacres.

- Expliquez-moi donc, dis-je au vieux danseur, ce que c'était que le menuet ?

Il tressaillit.

- Le menuet, Monsieur, c'est la reine des danses, et la danse des Reines, entendez-vous ? Depuis qu'il n'y a plus de Rois, il n'y a plus de menuet.

Et il commença, en style pompeux, un long éloge dithyrambique auquel je ne compris rien. Je voulus me faire décrire les pas, tous les mouvements, les poses. Il s'embrouillait, s'exaspérant de son impuissance, nerveux et désolé.

Et soudain, se tournant vers son antique compagne, toujours silencieuse et grave :

- Elise, veux-tu, dis, veux-tu, tu seras bien gentille, veux-tu que nous montrions à ce monsieur ce que c'était ?

Elle tourna ses yeux inquiets de tous les côtés, puis se leva sans dire un mot et vint se placer en face de lui.

Alors je vis une chose inoubliable.

Ils allaient et venaient avec des simagrées enfantines, se souriaient, se balançaient, s'inclinaient, sautillaient pareils à deux vieilles poupées qu'aurait fait danser une mécanique ancienne, un peu brisée, construite jadis par un ouvrier fort habile, suivant la manière de son temps.

Et je les regardais, le coeur troublé de sensations extraordinaires, l'âme émue d'une indicible mélancolie. Il me semblait voir une apparition lamentable et comique, l'ombre démodée d'un siècle. J'avais envie de rire et besoin de pleurer.

Tout à coup ils s'arrêtèrent, ils avaient terminé les figures de la danse. Pendant quelques secondes ils restèrent debout l'un devant l'autre, grimaçant d'une façon surprenante ; puis ils s'embrassèrent en sanglotant.

Je partais, trois jours après, pour la province. Je ne les ai point revus. Quand je revins à Paris, deux ans plus tard, on avait détruit la pépinière. Que sont-ils devenus sans le cher jardin d'autrefois, avec ses jardins en labyrinthe, son odeur du passé et les détours gracieux des charmilles ?

Sont-ils morts ? Errent-ils par les rues modernes comme des exilés sans espoir ? Dansent-ils, spectres falots, un menuet fantastique entre les cyprès d'un cimetière, le long des sentiers bordés de tombes, au clair de lune ?

Leur souvenir me hante, m'obsède, me torture, demeure en moi comme une blessure. Pourquoi ? Je n'en sais rien.

Vous trouverez cela ridicule, sans doute ?   Heureux

 

 

Nos émotions sont un langage- Jacques Salomé-

 

Jacques Salomé 

                 

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Dans notre vie, les frustrations les plus douloureusement ressenties, au point parfois de paraître insupportables et de provoquer des réactions disproportionnées, sont les frustrations émotionnelles. Nous pouvons vivre très mal les frustrations matérielles et physiques, mais celles qui se réfèrent à la sphère des émotions sont souvent vécues comme inacceptables. Car elles touchent aux blessures les plus anciennes de notre histoire (humiliation, injustice, impuissance, abandon…). Elles peuvent concerner aussi nos besoins relationnels vitaux (pouvoir être entendu, reconnu, avoir une valeur…) ou notre imaginaire (rêves, anticipations, désirs…). Trop de contrôle sur les désirs dans une vie conjugale, familiale ou professionnelle bloque nos énergies psychiques et abaisse notre seuil de tolérance, nous rend plus vulnérable aux comportements, paroles et attitudes de notre entourage.

 

Nous avons aussi des points de fixation, qui mobilisent des enjeux connus (ou mal connus) de nous seuls. Cela peut concerner nos enfants (je n’accepte pas qu’on les maltraite), un proche (je suis sensible aux regards portés sur ma femme), un objet (s’attaquer à ma voiture, c’est me blesser), mon jardin (abattre un arbre est un crime), mes livres (ne pas les récupérer me met dans tous mes états). Quand nous nous identifions à telle ou telle situation, même si l’événement ne nous concerne pas, le retentissement éveille des émotions et une décharge d’adrénaline qui nous submergent. Tout se passe comme si c’était notre propre personne qui était en cause. « Quand j’ai vu cet homme taper son chien, je me suis jeté sur lui et j’ai commencé à le frapper… J’étais hors de moi, j’aurais pu le tuer ! » Quand nos croyances sont mises en cause, nous ressentons le besoin de les protéger, de les défendre… en attaquant !

 

Nos émotions sont l’équivalent d’un langage, qui parle de ce qui résonne en nous autour d’une blessure ancienne, d’une situation inachevée, d’une perte. C’est ce qui permet de comprendre que les frustrations émotionnelles surgissent brutalement et nous traversent à la vitesse de l’éclair. Elles implosent avant de se manifester à l’extérieur. Elles nous laissent démunis, désorganisés et le plus souvent dans un chaos où la raison n’a plus sa place. C’est dans ces moments-là que nous sommes le plus réactionnel, parfois le plus injuste, et que nous risquons de prendre des décisions qui se révéleront plus tard totalement inadéquates ou peu cohérentes avec la situation ou avec ce que l’autre est en droit d’attendre de nous. Une frustration qui s’est déposée sur le registre émotionnel nous pousse à en parler à des proches, à un tiers. Cela explique la logorrhée qui habite certains, quand ils veulent à tout prix faire comprendre ce qui s’est passé (à partir d’une situation qui paraît parfois très banale) et comment ils l’ont vécu (avec un excès qui paraît suspect !).

 

Quand nous ressentons des frustrations émotionnelles à répétition, il nous appartient de commencer un travail d’exploration, sur nous et sur notre histoire.

 

Psychosociologue et écrivain, Jacques Salomé est l’auteur de, notamment, “Vivre avec soi” (Editions de l’Homme, 2003), “Si on en parlait… Trouver une issue à la violence conjugale” (Jouvence éditions, 2003). Internet : www.j-salome.com

 

 

L'art et la manière de dire les choses ;-)

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" Un vieux roi rêve que toutes ces dents sont tombées. Au réveil, il est très préoccupé par ce funeste songe, de sorte qu'il fait venir céans son devin.

 

- Je t'en prie, interprète ce rêve pour moi.

 

Le devin réfléchit et répond :

 

- Votre altesse, le rêve signifie que tous les membres de votre famille vont mourir et que vous aller rester seul.

 

Cet énoncé provoque la colère du roi qui congédie aussitôt son devin et en appelle sur le champ un second à qui il raconte son rêve.

 

- Toi, maintenant, dis moi ce que ce présage signifie !

 

Alors le devin répond :

 

-Réjouis-toi, ô roi ! Toi et tous tes proches vous allez vivre de nombreuses années encore. Mais c'est toi qui auras la plus longue existence parmi tous les tiens. Vive le roi !

 

Cette nouvelle interprétation rend le souverain si heureux qu'il fait apporter un sac d'or pour récompenser l'interprète. "

 

Le contenu de ces deux prédictions est le même : le roi et ses proches vont vivre, puis mourir. Le roi va rester seul. Mais quelle différence dans la manière d'énoncer ces deux augures !

 

Peu importe le message que vous transmettez : si vous ne choisissez pas les bons mots, si vous en faites apparaitre les aspects négatifs, il y a fort à parier que le message sera mal reçu.

 

Ce que l'on dit importe, mais la manière dont on le dit est, elle aussi, décisive dans nos rapports avec les autres.

 

 

 

La Vouivre :-)

 

vouivre

 

La Vouivre est peut-être la plus célèbre des légendes de Franche-Comté Elle est mentionnée dans tous les ouvrages des folkloristes comtois, qui attestent qu’elle était au XIXe siècle fortement ancrée dans les croyances populaires et largement répandue ; elle a été retenue par tous les auteurs de recueils de contes et légendes ; elle n’a cessé d’inspirer les romanciers, les poètes et les artistes.

C’est Désiré Monnier qui, en 1818, dans son Essai sur l’origine de la Séquanie, mentionne semble-t-il pour la première fois la croyance populaire en la Vouivre. qu’il avait été amené à connaître. Il présente la Vouivre sous sa forme la plus pure : serpent ailé, elle traverse la nuit comme un trait de feu et porte au front une escarboucle qu’elle dépose sur la rive quand elle va boire ou se baigner ; celui qui pourrait alors s’emparer du joyau serait à jamais riche et heureux.

Origine du mot Vouivre

Vouivre est tout simplement issu du latin vipera : la vipère, le serpent.


Le noyau légendaire

Animal fantastique et légendaire, la Vouivre est insaisissable, aussi changeante dans sa forme et dans ses mœurs que l’inconscient des peuples et l’imagination des conteurs sans lesquels elle n’a pas d’existence. On peut cependant retenir quelques traits caractéristiques, permanents, qui forment comme le noyau de la légende.



Description


La Vouivre, conformément à l’étymologie du mot, est un serpent. Sa taille est variable, de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres de longueur. Rarement pourvue de pattes, elle possède toujours deux grandes ailes de chauve-souris qui lui permettent de voler. Mais ce qui la caractérise surtout, c’est qu’elle porte au front ,soit dans une cavité du crâne, soit à l’extrémité d’une sorte d’antenne griffue, une énorme pierre précieuse d’une valeur inestimable, le plus souvent un rubis, appelé “escarboucle”, parfois un diamant, et d’un éclat tel que lorsque la Vouivre vole, la nuit, elle laisse derrière elle comme une traînée de feu. Elle dépose cette escarboucle sur la rive, qu’elle cache dans la mousse, une touffe d’herbe, ou sous une pierre, avant de boire ou de se baigner ; c’est à ce moment-là seulement qu’on a des chances de s’en emparer : alors la fortune de l’audacieux est faite. Mais si la Vouivre surprend le voleur, sa vengeance est terrible.

Mœurs


La Vouivre passe la plus grande partie de son temps sous terre. Son repaire peut être un trou qui s’ouvre à même le sol, une caverne au flanc d’une falaise, ou le souterrain d’un château en ruines. Mais elle fréquente aussi les milieux aquatiques : rivière tranquille miroitant sous les feuillages, étang paisible au milieu d’un bois, source courant sous la mousse ou s’étalant dans un bassin de pierre, parfois même fontaine en plein cœur d’un village. C’est là qu’elle va boire ou se baigner. La vouivre apprécie les lieux peu habités comme les marais, les grottes La Vouivre n’est pas un animal vagabond. Elle a ses habitudes. Ses déplacements se limitent le plus souvent à se rendre de son repaire au lieu propice à ses ébats aquatiques. Parfois, elle vole d’un donjon ruiné à un autre, ou tournoie au-dessus d’un clocher, ou se laisse aller un temps au fil de l’eau. Ses sorties sont régulières. C’est tous les soirs qu’elle surgit, à heure fixe, pour aller se désaltérer. Exceptionnellement, le cycle peut être plus long. Tant qu’on ne la provoque pas, la Vouivre n’est pas un animal dangereux. Obéissant, comme une belle mécanique, aux impulsions de sa nature, elle reste indifférente au monde des humains. Mais si l’on tente de s’emparer de son escarboucle, la bête devient soudain furieuse, fond sur l’imprudent et s’acharne sur lui avec une telle férocité qu’il est bientôt mis en pièces.



Ses origines

Il est une interprétation qui ferait remonter la légende de la Vouivre à une croyance celtique. les Celtes croyaient que les serpents, au moment du frai, fabriquaient un œuf qui possédait un pouvoir magique et servait de talisman à celui qui avait eu la chance de s’en emparer sans succomber sous les morsures. Cette théorie doit pour une large part son succès à la célébrité du roman de Marcel Aymé. En fait, il y a loin de l’“œuf de serpent” à l’escarboucle de la Vouivre. L’auteur l’a du reste lui-même ressenti, puisque, amené à se demander à quelle époque l’œuf avait pu se transformer en pierre précieuse, il donne cette réponse : “c’est tout simplement au moment où les artisans comtois se mirent à tailler la pierre de Saint-Claude” ; réponse charmante et savoureuse, mais qui n’est qu’une boutade, habile pirouette permettant à l’auteur d’éluder le problème.



Quant à savoir, enfin, pourquoi la légende de la Vouivre s’était localisée surtout dans le Jura, le problème reste entier. A-t-elle mieux résisté qu’ailleurs à cause de l’isolement des populations de la “montagne”, touchées plus tardivement par le monde moderne ? Le paysage jurassien en particulier, avec ses reculées et ses murailles calcaires, ses éboulis rocheux et ses gouffres, ses résurgences, ses cours d’eau aux rives verdoyantes, ses sombres et humides forêts, s’est-il mieux prêté que d’autres à la fixation de la légende ? On ne sait trop.



Une bien belle légende qui inspira le Loup Blanc, il y a quelques années déjà.







René JV pour monjura.actifforum.com, le 1er septembre 2006


Poésie "La Vouivre" © René JV - 11 février 2001

 

 

Analyse des contes...

 

Illustration de Gustave Doré

L’ARCHAIQUE DANS LES CONTES

 

 

    La pratique des cures par le rêve-éveillé permet d’accéder à ce que l’on nomme l’Archaïque, décrit par Mélanie Klein et l’école anglaise de psychanalyse avec Winnicott. Ainsi il devient possible d’explorer les couches de plus en plus profondes de la prégénitalité et de rendre compte du corpus complet des Contes de Perrault avec ses onze contes de Ma Mère l’Oye.

 

1. LES SOUHAITS RIDICULES traitent du problème de la castration : qui a le phallus dans un couple, l’homme ou la femme ? Blaise le vieux bûcheron, a reçu à la fin de sa vie l’accomplissement de ses trois premiers souhaits. Après avoir réfléchi et un peu bu, il souhaite inconsidérément une aune de boudin. Symboliquement, c’est ce phallus et de type anal qui lui manque. Fanchon sa femme, l’injurie, et le dévirilise en lui disant que «pour faire un tel souhait, il faut être bien bœuf » c’est-à-dire castré, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce qui déclenche chez Blaise des désirs de meurtre et il se contente de souhaiter que le boudin pende au nez de sa femme, ce qui exauce son vœu secret de posséder le phallus et d’apparaître comme la femme phallique qu’elle est inconsciemment. Alors toute réflexion faite, il ne lui reste plus, au lieu de devenir roi, qu’à rendre à sa femme son ancien nez, ce qui se nomme dans le jeu de l’oie «retour à la case départ ». Il ne sert de rien de posséder le pouvoir, si l’on n’a pas la sagesse.

 

 2. RIQUET A LA HOUPPE, en exposant le problème de l’oubli, est une vraie psychanalyse. La belle conscience est oublieuse et l’inconscient, si laid, a de l’esprit. Ceci, mis en image, donne l’histoire suivante. Une belle princesse qui a tout oublié, est si stupide qu’elle reste fixée au niveau de l’enfant qui ne sait pas encore manger proprement. Heureusement, elle connaissait la technique du rêve-éveillé «Dans le temps qu’elle se promenait, rêvant profondément, elle entendit...» en prêtant l’oreille, ce qui se passait par en dessous. L’horrible Riquet à la houppe (Riquet, diminutif d’Hen­riquet, le petit Henri) est le roi des gnomes sous terre, dans l’inconscient ; travaillent pour lui trente rôtisseurs qui préparent son repas de noces. Elle a, ce faisant, retrouvé sa moitié cachée, sa partie masculine, son animus. Riquet est très sexualisé avec son attribut phallique, sa houppe de cheveux dressés et les trente rôtisseurs ont une queue de renard sur l’oreille. Et, arrivant à vaincre l’oubli, la Princesse retrouve le souvenir de sa promesse de s’unir à sa moitié masculine. Alors l’échange se fait, le dessous donne son esprit à la beauté du dessus et le dessus donne sa beauté à l’esprit du dessous, comme dans une psychanalyse. Dès que se trouve le souvenir perdu, la jonction se fait entre le conscient et l’inconscient, le féminin et le masculin, la beauté et l’esprit.

 

 3. PEAU D’ANE est au-delà de l’Oedipe car ce conte traite de l’inceste dans sa liaison avec l’analité. Un Roi solaire a promis à la mort de sa femme de n’épouser que plus belle qu’elle. Et il ne la trouve que dans leur fille. L’infante est conseillée par sa marraine la Fée (son Surmoi). Elle lui fait demander à son père le sacrifice d’une robe azur couleur du Temps, puis de la lumière de la lune et enfin du soleil. Le Roi, « qui l’aimait d’un amour sans pareil » y parvient et accède même à sa dernière demande d’avoir la peau de l’âne Cacauro, qui fait des écus d’or, car la source de la richesse de sa famille vient de l’analité, de cette analité qui a fait les commerçants et les banquiers de la bourgeoisie. La Princesse épouvantée fuit alors et  régresse à l’analité car le barrage de l’Œdipe n’a pas été franchi. Elle devient fille de ferme, un souillon nettoyant l’Auge aux cochons, dans la merde, le visage couvert de vilaine crasse, pleine d’ordure. Mais tous les dimanches matin elle revêt ses robes de lumière et le fils du roi voisin met l’œil au trou de la serrure et voit « la bête la plus laide qu’on puisse voir après le loup », et elle a vu qu’il l’avait vue. On ne peut pas être plus crû dans le voyeurisme. Lui aussi est le fils d’une mère qui l’aimait tant qu’il aurait eu de l’or s’il avait voulu en manger. Elle lui envoie sa bague, c’est-à-dire son sexe à remplir. Par l’amour mutuel, ils échappent à la fixation œdipienne, à l’analité et au voyeurisme partagé.

 

 4. CENDRILLON expose aussi la régression nécessaire à l’analité pour se délivrer de la mauvaise mère. Face à la division de la mère en deux (la bonne morte et la mauvaise marâtre) la fille d’un gentilhomme doit se rouler dans la cendre de sa mère. Elle en perd sa féminité et devient « un vilain cucendron ». Elle en sort par la génitalité. La pantoufle de verre est celle qui laisse voir le pied qui est dedans ; elle aussi laisse au Prince son sexe à remplir. Et lorsque est retrouvé le pied pour cette chaussure, l’analité répand ses richesses. Marian Roalfe Cox a étudié 345 versions de Cendrillon. Dans la version de Basile, Cucendron tue sa première marâtre et l’on comprend mieux que si elle supporte toutes ces saletés et ces humiliations, c’est qu’elle les recherche pour expier son désir du père et sa volonté de tuer la mère. Le thème du pied fait à la coutume des petits pieds des nobles femmes chinoises, car la pantoufle de verre est aussi serrée que le vagin d’une vierge et les prétendantes se mutilent leur pied pour essayer d’y entrer.

 

 5. GR1SELIDIS traite de la misogynie, la haine inconsciente des femmes, et essaie de montrer comment la racine s’en trouve dans le sado-masochis­me anal. Dans la plaine du Pô, s’échappant de dessous ses roseaux, le marquis de Salusses a de sa mère l’image « d’un cruel ennemi » aussi est-il un chasseur sadique-anal. Il n’accepterait qu’une femme qui n’aurait « d’autre volonté que la mienne ». Et justement, il la rencontre dans la forêt, sous forme d’une jeune bergère, Grisélidis, la fille-nature œdipienne qui vit avec son père. Il régresse à l’avidité orale, buvant avec la bouche comme un animal. Elle est masochiste et d’un total attachement. Pour se convaincre qu’une femme peut l’aimer, il lui impose sans cesse des épreuves, la dépouille de ses bijoux, lui enlève sa fille et lui dit qu’elle est morte. Quand leur fille a quinze ans, il renvoie sa femme à sa pauvreté de la forêt en lui disant qu’il va épouser cette jeune fille. L’Oedipe qui n’a pu se faire sur la mère du marquis se reporte automatiquement  sur la fille. Heureusement vaincu par l’amour total et absolu de Grisélidis qui accepte tout, il renonce à l’inceste, à la chasse cruelle et à sa défiance envers les femmes. Il est guéri de sa misogynie.

 

 6. LES FEES est un récit si court que ce ne doit être qu’un passage d’un conte plus long. Il se situe en pleine oralité et semble dire que ce serait plus sûr si les bonnes paroles étaient authentifiées par la sortie de la bouche de fleurs et de pierres précieuses et les mauvaises paroles par celles des serpents et de crapauds. A travers cette simple métaphore, apparaît la conviction pour l’enfant que tout ce qui sort de son corps est précieux.

 

 7.  LA BELLE AU BOIS DORMANT unit deux histoires. La première enseigne que la fille pu­bère de quinze ans ne doit point, lorsque les parents ne sont pas là, jouer avec son fuseau (que-nouille). Cela endormirait sa génitalité et le Prince Charmant devrait attendre très longtemps (un temps qui semble durer un siècle) avant que s’écartent les ronces, les épines et les défenses de la vierge, pour que son corps puisse enfin se livrer à l’amour.

La seconde indique au fils qu’il doit sacrifier sa mère à la nouvelle famille et la faire dévorer par sa propre agressivité orale (crapauds et vipères) sinon cette ogresse mangera ses petits-enfants (car le premier amour est de type oral cannibale).

 

 

8. LE CHAT BOTTE expose une cure où, pour conjurer la castration, il a fallu régresser jusqu’au sadisme oral. C’est une histoire d’hommes : un benjamin a été féminisé par son père. Dans l’héritage le mauvais père a donné le moulin à l’aîné, l’âne au second, et un petit chat ou châs, au dernier. Mais dès qu’il lui fait faire des bottes (dès qu’il peut avoir des érections) il est rassuré sur sa virilité et devient un Maître chat rephallisé. Cela fait surgir l’agressivité orale dans la chasse cruelle, pour faire des cadeaux au roi. Puis il doit régresser jusqu’au niveau utérin en se jetant nu dans l’eau de la mère, le lac. Alors, grâce aux ruses du chat, il peut affronter l’agressivité orale de l’Ogre, le terrible père castrateur qui accepte de se changer en lion puis en souris, vite avalée par le chat. Le marquis de Carabas reçoit alors l’héritage du bon père (le roi), de grands biens et une femme passive. Le chat, devenu grand seigneur, ne courut après les souris que pour se divertir.

 

9. LA BARBE BLEUE enseigne que nul n’est parfait et qu’il ne faut pas surprendre le secret de l’inconscient de l’homme car derrière l’amour se trouve le sadisme et la soif du sang qui couvre le sol. L’on risque d’en être contaminé comme la clé, tachée de sang pour toujours, et à jouer avec cela, on brave la mort avec le sérial-killer. C’est l’amour des frères qui sauve du sadisme et non l’homophilie avec sa sœur Anne. Perrault n’a pas repris la scène du déshabillage qui indique que le voyeurisme-exhibitionnisme entraîne le sadisme. Mais il parle toujours de la Barbe Bleue, par cette féminisation ne s’agit-il pas de la femme à barbe, la mère phallique agressive, le loup dévorant la grand-mère du petit Chaperon Rouge ?

 

10.  LE PETIT POUCET ne peut lutter contre le sadisme oral qu’en régressant à travers l’analité jusqu’au cannibalisme primitif. Pourquoi les parents que l’on aime et dont on a besoin, vous font-ils du mal et veulent-ils votre mort ? Etre abandonné est incompréhensible pour un enfant. Les marques, jalons et repères (re-père) s’effacent comme les cailloux en miettes de pain. Alors les enfants tombent dans l’analité, les voilà « tout crottés et cou­verts de crotte ». Allant plus profond, derrière les parents infanticides ils trouvent l’Ogre, le sadisme-oral dévorateur (Kronos et Oura­nos). Ce sadisme oral peut se transmettre aux enfants (les sept petites ogresses). Poucet le retourne en intervertissant les couronnes des filles et les bonnets des garçons et les fait s’entre-dévorer, l’Ogre mangeant ses propres filles. Et il accède enfin à la virilité en dérobant les bottes (phallisation) du père-ogre-dévorateur. Il reçoit alors les richesses de l’agressivité orale et de l’analité, mais pas la génitalité avec la fille du roi. C’est le seul cas qui montre qu’il s’agit encore d’une cure d’enfant qui n’est pas achevée.

 

 

11.  LE PETIT CHAPERON ROUGE nous mène aux limites de la régression dans le sadisme oral féminin. Et il pose le problème universel des mères célibataires qui veulent se passer des hommes. Chez des mères célibataires, il y a trois générations de femmes. La mère et la grand-mère sont folles de leur fille et la traitent en garçon-phallus à tête rouge, le chaperon rouge du gland décalotté. Le masculin est vu par elles trois comme un loup dévorant. Chez la grand-mère se trouve le masculin, l’animus de son père, qui dévore les petites filles. Le cannibalisme dévorera le sang (petit pot de beurre) et la chair (la galette). L’origine de ce sacrifice se trouve dans la découverte de la différence des sexes. « Le petit Chaperon rouge se déshabille et va se mettre au lit, elle fut bien étonnée de voir (le loup) comment sa mère-grand était faite en son déshabillé ». Le voyeurisme-exhibitionnisme précoce engendre chez l’enfant la conviction que l’acte sexuel est une dévoration. Nous sommes parvenus là à la limite de la régression, l’Oedipe prégénital oral décrit par la psychanalyste Mélanie Klein. Le petit chaperon sur le mode oral a accompli l’inceste originaire par la dévoration unifiante. Il n’y a aucun remède ; c’est le seul exemple de cure ratée de ce corpus.

 

Ou alors laissant surgir la pulsion de fécondité, elle aurait découvert combien cette haine féminine de l’homme est stérile. Emplissant de pierres le ventre de l’animal, il serait tombé raide mort, comme le choisissent certaines des trente-cinq versions comparées par Paul Delarue, et comme l’analyse Erich Fromm (Le langage oublié, p. 192). Dans d’autres on fait appel au chasseur (enfin un homme) qui ouvre le ventre du loup et en sort le petit chaperon rouge et sa mère-grand qui n’ont pas eu le temps d’en mourir. Mais pourquoi LA barbe bleue et LE petit chaperon rouge ?

La mère phallique est cet objet fascinant primitif dont les contes proposent de nous délivrer. Chaque culture lui donne son nom : Kali au Indes, Rangda à Bali, Coathicue au Mexique ... Les contes russes étudiés par Propp la nomment Baba Yaga, c’est une sor­cière avec une jambe en os (phallus), au nez poussé vers le plafond (en érection) qui ha­bite une chaumière sans fenêtres ni portes, dans la forêt, ronde, sur des pattes de poule et qui tourne (utérus qui vous enferme).

 

 

 

Trouvé ici:

 http://www.europsy.org/marc-alain/contedefee.htm

La femme d'à côté de François Truffaut...

J'ai été ravie de trouver cette chronique.   Ce film comme dit Missycornish " m'a ébloui"

http://artdelire.wordpress.com/2012/10/24/la-femme-da-cote/

 

La femme d’à côté

 

Après avoir découvert le coffret des meilleurs films de Truffaut dont l’adaptation cinématographique du livre Jules et Jim, j’ai eu envie de vous parler deLa femme d’à côté, un film qui m’a ébloui. Certes, au premier abord, il n’a rien à voir avec la littérature. Cependant, tout comme les films de Jean-Luc Godard, ceux de François Truffaut sont caractérisés par une forme de narration addictive, une voix off qui nous conte une histoire et nous présente des personnages comme si on les découvrirait pour la première fois à la lecture d’un roman.

 

François Truffaut était avant tout un homme de lettres. D’ailleurs, ses acteurs déclamaient souvent des citations ou fragments empruntés au théâtre, à la poésie, à la chanson ou même aux romans. La femme d’à côté pourrait à mon sens être une alternative française au roman les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Le drame pointe dès le début du film sous le témoignage de Mme Odile Jouve, la gérante du club de tennis du village. Elle est le personnage secondaire dont la voix off sert à amorcer l’histoire tout comme le fait l’ancienne nourrice de Catherine Earnshaw dans le roman d’Emily Brontë.

La trame du film, la femme d’à côté, est minimale. Dans un petit village grenoblois paisible, Bernard Coudray, mène une vie tout ce qu’il y a de plus banale et tranquille aux côtés de sa femme Arlette et de son jeune fils Thomas. Aucun nuage ne semble obscurcir le ciel de cet homme comblé. Pourtant, sa vie bascule lorsque de nouveaux locataires, Philippe et Mathilde de Beauchard, emménagent dans la maison d’en face. Avec son passé trouble et ses souvenirs douloureux, cette voisine à la beauté ténébreuse, va faire renaître une passion dévastatrice dont Bernard pensait s’être depuis longtemps remis.
 
Les personnalités tourmentées sont très bien esquissées. Un coup de maître pour ce réalisateur qui met une fois de plus si bien en exergue toutes les nuances des passions humaines. Beaucoup de scènes sont symboliques, et notamment celle des chats qui est très équivoque. Elle se profile comme un mauvais présage. Lorsqu’à la tombée de la nuit, Arlette écoute les chats faire du remue-ménage dans le jardin, Bernard lui dit :
« Ils se battent » et elle lui répond le sourire aux lèvres : « Non, ils font l’amour ». Ce court dialogue reflète bien le lien particulier qui noue les deux amants. De bout en bout, Bernard et Mathilde jouent au chat et à la souris. Ils s’évitent, se cherchent, s’aiment, se querellent ou bien se déchirent. Rongés par leur désir, ils en deviennent fous, agressifs et même dangereux pour eux-mêmes.
 
Mathilde sous les traits de Fanny Ardant, sublime, est très hitchcockienne dans son caractère. Seule grande différence, la couleur de sa chevelure brune, en opposition à la blondeur Hollywoodienne, un choix judicieux pour nous rappeler que le film est bel et bien français et non américain. Madame Jouve le souligne elle-même lorsqu’elle ne peut s’empêcher de glisser ses doigts dans les cheveux de Mathilde. Elle n’est pas comme toutes ses filles fausses que l’on voit dans les spots publicitaires ou au cinéma, c’est une femme vraie évoluant au cœur du réel.
 
Toutefois, Mathilde dont le prénom résonne comme celui d’une grande héroïne de roman, est une femme passionnée, peut-être même trop pour son époque. Son nom de famille tout comme ses manières classieuses nous indique qu’elle appartient à la vieille bourgeoisie. Illustratrice et écrivaine de livres pour enfants, elle est créative et déborde d’imagination, à l’opposé de Bernard, homme tout ce qu’il y a de plus commun et dont la profession d’instructeur de bateau fait peu rêver. L’époux de Mathilde, comme Bernard, exerce également un métier très terre-à-terre. Philippe n’est pas pilote d’avion mais « aiguilleur du ciel ». Pendant que d’autres s’envolent vers de nouveaux horizons, lui passe ses journées assis sur une chaise. Ces deux hommes très modernes sont hermétiques au chagrin de Mathilde, ils s’en soucient mais ne peuvent réellement la comprendre car ils n’évoluent pas dans le même univers.
La présence de Mathilde dans une campagne rustique et étriquée laisse songeur. Le dialogue entre Bernard et sa femme à son sujet, l’illustre bien. Arlette dit à Bernard lorsqu’ils s’apprêtent à se coucher :
« Tu ne trouves pas qu’elle est belle sa femme, moi je trouve qu’elle a un côté tout à fait inhabituel »  Bernard contrarié lui répond :
« Si tu veux mon avis, moi je trouve qu’elle détonne. si, tiens regardes nous on est venu habiter ici, il y a de la terre, des arbres, des pierres, enfin rien que des choses vraies (il soupire, l’air pensif) alors qu’est-ce qu’elle vient faire ici cette femme là ?)."
 
C’est la question que l’on se pose durant tout le film. Cet échange d’impressions est significatif car il nous donne un indice sur la nature des sentiments de Bernard pour Mathilde. Il la déifie, pour lui, elle est une créature, une chose qui appartient au domaine du songe. Elle est comme une chimère inaccessible qui n’a pas sa place dans le réel. En apparence, Bernard est un homme calme plutôt gentil mais lorsqu’apparait Mathilde, sa personnalité est altérée. On perçoit son impatience, son attente, son caractère possessif et sa jalousie qu’il peine de plus en plus à cacher, jusqu’à l’accès de rage qui le rend aussi brutal qu’une bête enragée.
 
Ce film est remarquable, parce qu’il représente ce que le cinéma français fut naguère : du grand art. La femme d’à côté est un long-métrage qui a été réalisé durant les années 80, en un temps record, seulement six semaines. C’était l’époque où l’on pouvait encore faire un film à taille humaine en province, c’est-à dire avec très peu d’acteurs et muni d’une équipe mobile. C’était aussi, l’époque où la jeune comédienne Fanny Ardant faisait pour la première fois son entrée au cinéma après qu’elle ait illuminée de sa présence le magnifique téléfilm de Nina Companeez, les Dames de la côte. Une série qui m’avait bouleversée et que je revois toujours avec plaisir. Dans ce film, Fanny Ardant brigue une fois de plus l’amour absolu. Et même si son jeu présente encore des maladresses dût sûrement à son manque d’assurance, c’est indéniable, elle crève l’écran. Ses traits sont irréguliers mais pourtant cet ensemble forme un visage harmonieux. Peu d’actrices aujourd’hui, bien que jolies peuvent se vanter d’être de vraies beautés. Fanny Ardant a un regard noir, intense et électrique qui la fait rayonner. L’épouse de Bernard parait d’ailleurs très fade à ses côtés. La comédienne porte bien son nom, elle est ardente et passionnée. Bouleversante, son chagrin d’amour m’a ému. Les sentiments sont poussés à l’extrême et il est douloureux de la voir sombrer lentement dans la dépression.
 
C’était aussi le temps où Gérard Depardieu jouait encore bien et nous prouvait que sa place parmi les grandes stars du cinéma français était justifiée. Le temps où le jeu des acteurs était simple mais juste et les dialogues dits avec naturel. Sans oublier la bande-originale de George Delarue qui est excellente.
Toutes les scènes s’imbriquent graduellement pour atteindre le point de chute: la mort. « Dans l’amour, il y a un début, un milieu et une fin », une citation favorite de François Truffaut qui l’emploie également dans les deux anglaises et le continent. Le réalisateur est très pointilleux dans ses dialogues, chaque phrase prononcée compte. Truffaut suggère qu’au-delà de l’argent ou des conventions régis par notre société, sans amour on n’est rien. L’histoire relate subtilement la souffrance d’un grand amour impossible à vivre dont il est encore plus dur de se défaire.
 
En bref:
La femme d’à côté, c’est un grand film d’amour intemporel qui aurait très bien pu se dérouler à une autre époque ou dans un autre lieu. C’est l’histoire d’amants inextricablement liés l’un à l’autre. « No one loves quite like the French do » (personne n’aime vraiment comme les français) disent les britanniques et ils ont bien raison. Ce long-métrage peut être difficile à comprendre car il recèle de nombreux symboles et références culturelles françaises. Toutefois, cela reste un très beau film. A la fois triste, dérangeant et vertigineux, il nous raconte l’histoire desespérante d’une liaison adultérine dont l’issue dramatique est inévitablement fatale. Comme le conclue Madame Jouve, cette tragédie aurait pu s’intituler : « Ni avec toi, ni sans toi ».
 
 

Le test des trois passoires.

 

http://lewebpedagogique.com/asphodele/files/2011/10/imagessocratemarbrelouvre.jpg

Le Test des 3 Passoires.


Socrate avait dans la Grèce antique une haute
réputation de sagesse. Quelqu’un vint un jour trouver
le grand philosophe et lui dit :
— Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami ?

— Un instant répondit Socrate ; avant que tu me racontes,
j’aimerais te faire passer un test,
celui des trois passoires.

— Les trois passoires ?

— Mais oui reprit Socrate, avant de raconter toutes
sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre
le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire.
C’est ce que j’appelle le test des trois passoires.

As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?

— Non, j’en ai seulement entendu parler.

— Très bien, tu ne sais donc pas si c’est la vérité.
Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième
passoire, celle de la bonté.

Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami
est-ce quelque chose de bien ?

— Ah non ! au contraire.

— Donc continua Socrate, tu veux me raconter de
mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain si
elles sont vraies.
Tu peux peut-être encore passer le test
car il reste une passoire, celle de l’utilité.

Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

— Non, pas vraiment.

— Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter
n’est ni vrai, ni bien, ni utile,
pourquoi vouloir me le dire ?

 

 

Ascenseur pour les chafoins- Pierre Desproges-

http://www.devoir-de-philosophie.com/images/portraits/desproges.jpg

 

 

Que Lénine me pardonne, mais il faut vraiment être con ou Soviétique pour supporter la promiscuité d'un con - ou d'un Soviétique - pendant six mois, dans l'habitacle épouvantablement exigu d'une cabine spatiale.
Je me fais cette réflexion chaque fois que je sors d'un ascenseur à moitié rempli d'un autre être humain.

On se sent rarement aussi profondément mal à l'aise que pendant ces expéditions qui vous laissent face à face et ventre à ventre avec un compagnon de voyage qu'on ne vous a même pas présenté et dont il faut subir la présence inopportune pendant trente-cinq à quarante secondes, pour peu que lui aussi aille au septième.

Ainsi, hier soir, cauchemar : avant même le lancement de la cabine, qui était prévu aux alentours du moment où l'un ou l'autre déciderait d'appuyer sur le bouton de commande automatique de l'appareil, je devinais d'emblée qu'il ne me faudrait attendre de cet homme, nulle tendresse, nulle chaleur humaine, rien de ces petites attentions délicates partagées qui font le charme des randonnées amicales.
De mon côté, je ne me sentais en rien poussé vers lui.
L'idée ne m'effleura même pas de partager avec lui ma passion pour les chroniques de Vialatte et les bordeaux vieux, ou mon mépris pour le football et les endives braisées, ou alors il faut mettre très tès peu d'eau, afin que l'endive "transpire" un maximum, et relever le plat d'une pincée de poivre vert moulu qu'on aura soin de saupoudrer en toute fin de cuisson, afin de n'en pas épuiser le fumet.

Entre cet homme et moi, le malaise s'installa dès l'instant du décollage.
Alors que je pointais l'index vers le bouton "7", dans le but de faciliter le déclenchement électronique destiné à provoquer l'ascension de la cabine, dont une surpression hydraulique maintenait jusque là l'adhérence au sol, le bougre eut la velléite d'en faire autant.
Si bien que nos mains se frôlèrent assez sottement près du tableau de bord.

Aujourd'hui encore, je n'évoque pas sans rougir la consternante banalité du dialogue qui s'ensuivit :
- Ho.
- Ah, euh.
- Hin, hin, hin.
- Quel étage ?
- Septième.
- Moi aussi.
- Hin, hin, hin.
- Hin, hin, hin.

Le décollage, cependant, s'effectua sans histoire.
Nous avions presque dépassé le premier étage quand je sentis que son regard était posé sur moi.
Je tournais alors le mien vers lui, afin de l'inciter tacitement à détourner les yeux.
Ce qu'il fit, dans un mouvement de menton qui le contraignit presque aussitôt à regarder le plafond de la cabine avec fixité, attitude qui augmenta encore le ridicule de la situation dans la mesure où il n'y avait strictement rien à voir sur le plafond, dont la totale platitude n'était pas sans évoquer les plus belles pages d'Henri Bordeaux.

Afin de dissiper notre gêne qui devenait presque intolérable aux abords du troisième étage, je tentais de siffler, à bouche chuintée, les trois premières mesures du refrain des "Feuilles mortes" de Prévert et Kosma, poursuivant dans cet effort le double but d'égayer musicalement notre habitacle et de faire croire à mon compagnon que je ne ressentais pas la tension angoissante de ce moment terrible.

Malencontreusement, l'homme dut faire exactement le même raisonnement, et se mit simultanément à fredonner "Le petit Quinquin" dans un murmure timide mais parfaitement distinct.
Quoiqu'à peine audible, la cacophonie scandaleuse qui en résulta m'atteignit comme un camouflet au niveau du quatrième.

Une bouffée de désespoir existentiel m'envahit.
La vie m'apparut soudain plus vaine et la fraternité humaine plus improbable.
Je portais instinctivement ma main à ma bouche pour y étouffer un toussement volontaire, destiné à créer la diversion, comme disent les commentateurs de matchs de football, dont le quotient intellectuel n'atteint qu'exceptionnellement le chiffre de la température anale, mais hélàs, dans ce geste de bienséance banale, je heurtais légèrement, d'un coude hardi, la zone periombilicale du gilet de l'autre, qui me tourna immédiatement le dos, dans un mouvement d'autoprotection instinctive, auquel me semble-t-il, il faut ajouter un irrépressible besoin de me masquer son trouble et d'empêcher aussi la reprise inévitable du dialogue déjà entrepris avant le lancement : ho, euh, hin, hin, hin.
Je dis "mais hélàs", car à l'issue de ce demi-tour spontané, et compte tenu de l'étroitesse de la cabine, cet homme et moi nous retrouvâmes, malgré la solennité incontestable de nos costumes croisés et le sérieux de nos attaché-cases, dans la position équivoque de la sodomie verticale.

Aussi inébranlables soient la virulence habituelle et la force tranquille dont s'honore mon hétérosexualité latente, malgré aussi la virilité de la nuque rase, et la forte senteur de tabac gris qui émanait du cadre supérieur auquel j'étais ainsi accolé, j'en vins à prier Dieu de m'épargner la honte suprême d'une involontaire érection, toujours à craindre en cas de contact intempestif entre deux chairs humaines vivantes.

Une telle manifestation de ma sanguinité n'aurait fait qu'ajouter encore au grotesque de la situation, notamment à l'approche du septième ciel, alors même que l'idée de partager la vie de cet homme, ne fût-ce qu'une seconde de plus, me paraissait absolument intolérable.

Pour comble de misère, je compris, quelques instants après l'atterrissage, que cette personne était l'homme avec lequel j'avais rendez-vous pour aller visiter sa cave à vin, dont il voulait céder quelques grands crus au plus offrant.
Nous reprîmes l'ascenseur.

Pierre Desproges 

 

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Conte: La jeune fille en deuil - Henry GOUGAUD-

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La jeune fille en deuil

 

Il était une fois une fille au grand cœur. Bonne, elle l’était, assurément. Qui pouvait dire le contraire ? Elle s’évertuait à bien faire, elle était serviable, aimante, trop sensible, inquiète d’un rien. Bref elle était infatigable à vouloir le monde parfait.


Or, le malheur tomba sur elle. Sa mère mourut dans ses bras, d’un coup de sang, un soir d’hiver. Elle en resta inconsolée. Le printemps revint. Pas pour elle. Elle pleurait et pleurait toujours. Qu’elle ouvre une armoire et revoie un vêtement de la défunte, elle s’agenouillait et pleurait. Qu’une voisine se souvienne, devant elle, du temps passé, à peine dit, pour le bénir, le nom de sa mère, elle pleurait.

 
Le curé, un jour, après vêpres (elle avait inondé de larmes sa robe noire et son missel), la prit par l’épaule et lui dit :

- Ma fille, allons, sèche tes yeux. Je sais bien, ta mère te manque. Tu voudrais la revoir, pas vrai ?

- Certes oui, monsieur le curé (elle renifla). Mais je ne peux.

 
Il se pencha à son oreille.

- Crois-tu cela ? Ecoute donc. Si je t’offrais de te conduire au seuil du village des morts, si tu pouvais voir un instant ses rues, ses maisons, sa fontaine, ses gens aussi, et parmi eux celle qui te fait tant souci, qu’en dirais-tu, ma bonne enfant ?


- Que vous êtes sorcier, mon père.


- Je le suis, fille, mais motus. Couche-toi ce soir à minuit et croise les mains sur ton ventre. Par la vertu du talisman que je te glisse entre les seins, tu partiras en songe vrai. Tu nous en reviendras vivante.


- Que Dieu le veuille, s’Il lui plait !

 
Le soir venu, à l’heure dite, chandelle éteinte, yeux fermés, la voici soudain qui s’éveille dans un vieux village inconnu. Il y fait doux, malgré la brume. Les gens vont par les rues pavées. Des vieilles, sur des bancs, tricotent. Des hommes jouent aux dominos à la terrasse de l’auberge. Elle n’ose parler à ces morts.

Elle cherche sa mère, elle l’appelle, toute timide, à voix d’enfant.


Elle la voit enfin qui s’en vient, courbée sur deux grands seaux qu’elle traîne, au bout des bras, pleins à ras bord. Elle est hargneuse, fatiguée.

- Que fais-tu là, mauvaise fille ?

- Je viens voir comment vous allez. Oh, ma mère, ma pauvre mère, permettez-moi de vous aider, ces fardeaux vous brisent l’échine !

- M’aider, folle, tu le ferais si tu cessais de me pleurer. Ces seaux sont remplis de tes larmes qu’il me faut charrier partout. Quand me laisseras-tu en paix ?


Elle s’éloigne dans la grisaille.

 
Sa fille revient à son lit.

 
Dès levée, le matin venu, elle s’en alla voir le curé. Elle lui conta le songe vrai.


Il dit :

- C’est bien.


Elle dit :

- Merci.


Elle fit chez elle un grand ménage, manches troussées, jupons aussi.

 

(Henri Gougaud, Le livre des chemins)

L'histoire du baiser .... ♥ :-)

 

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Le baiser - Son histoire.


En latin, le nom du baiser prenait 3 formes, l'osculum pour un baiser d'amitié sur les joues, le basium pour un baiser affectueux sur les lèvres et le suavium pour un baiser amoureux et passionné.

Les anthropologues attribuent l'origine du baiser et du french kiss à la relation mère-enfant.
Bien avant l'apparition des petits pots, les mères mâchaient la nourriture pour l'introduire directement entre les lèvres de leur bébé. D'autre personnes disent qu'à l'âge de pierre, on léchait le visage de ses pairs pour satisfaire ses besoins en sel.

Les Tamouls de Ceylan se frotte le nez comme les Lapons du nord de l'Europe avant de se lécher réciproquement la bouche et la langue.
Les Mongols, les membres de tribus du Sud-est indien, les Inuits, les Indiens blackfeet d'Amérique du Nord et plusieurs groupes africains pratiquent pour leur part le baiser olfactif.
En Orient, pour se saluer, les hommes s'embrassent et se donnent l'accolade.
En France, on se donne parfois jusqu'à 4 bisous.
En Amérique, deux amoureux n'hésitent pas à échanger un "french kiss" en public. En Asie, un tel spectacle est impensable.
Les Japonais, eux, trouvent notre façon d'embrasser barbare et cannibale.
Pour les Chinois, le baiser sert carrément de préludes sexuels.
Les Esquimaux , eux, se frotte le nez ensemble pour donner un baiser.
La plupart des tribus africaines évitent les contacts buccaux par peur d'avaler l'âme de leur partenaire par l'haleine.

Le baiser annonce une longue vie s'il est donné librement par un enfant, mais apporte l'inverse si l'enfant y est contraint.

Il aide à la digestion.

Embrasser pendant une minute permet de brûler autant de calories qu'une course de 500 mètres

BONS BAISERS !!! :) :) :)

 

Alexandre Cabanel

Alexandre Cabanel (28 septembre 1823 à Montpellier - 23 janvier 1889 à Paris)

est un peintre français, considéré comme l'un des grands peintres académiques, ou « pompiers », du second Empire, dont il est l'artiste le plus adulé.

 

 

La naissance de Vénus- 1863-

Détail

 

Fichier:Alexandre Cabanel - Phèdre.jpg

Phèdre- 1880-

http://ahahh.blog.lemonde.fr/files/2007/03/rscn1266.1173986582.JPG

Phèdre -détail-

 

Fichier:Alexandre Cabanel, Ophelia.JPG

Ophélie- 1883-

Fichier:Alexandre Cabanel - Albayde.jpg

Albaydé- 1884-

Fichier:Alexandre Cabanel - Echo.jpg

Echo- 1887-

http://farm4.static.flickr.com/3191/2554356887_0ffcdb12aa.jpg?v=0

Adam et Eve chassés du paradis( S.D)

 

 

Les Bonobos!

 

 

 

Chez les bonobos, les relations sexuelles, feintes ou réelles, sont plus souvent utilisées comme mode de résolution des conflits, à côté des mécanismes de domination. Les études suggèrent que les trois quart des rapports sexuels entre bonobos n'ont pas des fins reproductives, mais plutôt sociales, et que presque tous les bonobos sont bisexuels. Des scientifiques ont appelé cette méthode d'accouplement le « sexe convivial » .

Il est courant qu'un membre du groupe pratique des actes sexuels dans le but de plaire à un autre membre ou pour réduire les tensions sociales Par exemple, un individu subordonné peut utiliser des actes sexuels pour calmer un autre individu plus fort ou plus agressif. Mais si la fréquence des rapports est exceptionnelle dans le règne animal, et supérieure à celle de tous les primates, les accouplements sont rapides et furtifs, sans aucun geste préparatoire, et ne durent en moyenne qu'une quinzaine de secondes. Leur seul tabou sexuel serait l'inceste, bien que les relations sexuelles incluent également les juvéniles[réf. nécessaire].

À côté des pratiques sexuelles variées dont la sexualité orale, le baiser avec la langue ou les rapports homosexuels (le primatologue Frans de Waal préfère d'ailleurs parler de « pansexualité » et non pas d'homosexualité ou de bisexualité, pour insister sur le fait que la sexualité du bonobo est totalement ouverte à toutes les relations, et n'est pas orientée vers un seul sexe, un seul genre ; il a même découvert chez les Bonobos une pratique absente du répertoire humain, l'« escrime au pénis »7), le bonobo serait l'un des seuls à pratiquer, comme l'humain, le coït ventro-ventral (face à face). La femelle met un petit au monde environ tous les cinq ans, comme chez les chimpanzés.

Par ailleurs, l'organisation sociale des bonobos en captivité présente une autre particularité. La paix du groupe est également maintenue par l'existence d'un bouc émissaire (ou pharmakos) [citation nécessaire]. Lorsqu'un groupe de chercheurs [citation nécessaire] a retiré un bonobo blessé et frappé par les autres membres du groupe, une accentuation de la violence et une baisse de la sexualité ont pu être remarquées. A contrario, lorsque ce dernier fut ré-intégré au groupe, la paix du groupe fut ré-instaurée.

Takayoshi Kano8, de l'Institut de primatologie de Kyoto, a commencé, en 1973, à étudier les bonobos dans leur milieu. Dans son livre, The Last Ape (Le Dernier Grand Singe), il oppose sans cesse le chimpanzé brutal et jaloux au bonobo pacifique et libertin. Selon lui, la société humaine serait née d'une liberté sexuelle comparable, et non de l'agression, comme le soutient Konrad Lorenz. De même, de Waal parle d'une espèce qui « fait l'amour, pas la guerre ».

En milieu naturel, les mâles et les femelles cherchent la nourriture ensemble, mais ce sont les femelles qui décident de la répartition. Par ailleurs, des orphelins peuvent se faire adopter par des adultes.

Lors des affrontements de mâles, les gestes les plus démonstratifs sont les jets de branches.

(Source Wikipédia)

 

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