Amour et infidélité...

Bien sûr trouvé sur l'excellent blog de Jean-Pierre Hamel ...

 

http://citationdujour.blogspot.fr/

 

http://www.lyonfemmes.com/uploads/Infidelite_75_des_amoureux_volages_sont_fideles_a_leur_couple__1381759198.jpg

 

 

 

 

Citation du 31 août 2014

 

L’amour est une infidélité envers soi-même.

Stéphane Mallarmé

 
Autrement dit : l’amour de soi est le premier et le plus grand amour. L’amour porté à autrui est détourné de son objet le plus légitime : nous-mêmes. C’est presque « du La Rochefoucauld ».
Admettons. Restent deux questions :
            1 – En s’aimant soi-même, qu’aime-t-on ?
            2 – En aimant quelqu’un d’autre est-on nécessairement infidèle à l’amour qu’on se porte ?
Commençons par le plus facile : on peut être fidèle à soi-même en aimant autrui contrairement à ce que dit notre poète. Et ça de plusieurs façons :
            - soit en aimant quelqu’un qui nous admire sans restriction : un(e) groupie.
            - soit en trouvant dans l’autre un reflet exact de ce que nous sommes. Ou si cela est impensable, quelqu’un qui prolonge ou qui annonce notre propre personne. Simone de Beauvoir disait dans les Mémoires d’une jeune fille rangée qu’elle avait trouvé en Sartre ses propres passions portées à l’incandescence.
            - soit en devenant ce qu’on veut être, au-delà de ce qu’on pourrait si on restait seul, en suivant, dans cette personne que nous aimons, notre inaccessible étoile. Souvent ce rôle est attribué à l’égérie de l’artiste.
o-o-o
On peut alors tenter un début de réponse à notre première question : En s’aimant soi-même, qu’aime-t-on ?
On devine en effet qu’il y a deux sortes d’amour de soi :
            - L’un qui est du narcissisme pur et simple. La groupie fait alors très bien l’affaire, et sa présence ne porte pas ombrage à cet amour égoïste de soi – bien au contraire. (1)
            - L’autre consiste à estimer que l’on ne peut être sans la personne que l’on aime.
Il ne s’agit pas du tout de dire que l’on forme un « être-à-deux » mais bien que c’est en prenant appui sur l’autre qu’on pourra se hisser vers soi-même. Même si l’exercice parait un peu curieux, c’est bien de cette façon que peuvent se décrire les choses.
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(1) On évoque souvent le sort funeste d’Alma Mahler qui sacrifia sa carrière de compositrice par amour pour son mari, Gustav Mahler. « En épousant Mahler, il est convenu qu'elle doit abandonner ses propres aspirations artistiques en musique et en peinture. » lit-on dans l’article que Wiki lui consacre.
 

Citation du 1er septembre 2014

 


… l’amour, peut naître […] de l'opinion. [Dans ce cas], il est certain que l'homme, lorsqu’il voit ou croit voir quelque chose de bon, tend à s'unir à cet objet ; et, en raison du bien qu’il y remarque, il le choisit comme le meilleur de tous, et en dehors de lui il ne voit rien de préférable ni de plus séduisant. Mais s'il arrive, comme cela est fréquent, qu’il rencontre un autre bien qui lui paraisse meilleur que le précédent, alors son amour se tourne sur l'heure du premier vers le second…

 
L’infidélité
 
Il y a deux expériences différentes de l’infidélité : soit on est victime de l’infidélité de notre conjoint(e) ; soit on est soi-même infidèle.
Le mieux, c’est le second cas : Spinoza nous dit que l’amour étant lié à l’évaluation comparative de l’être aimé, dès que nous trouvons une compagne qui nous conviendrait mieux c’est tout naturellement que nous nous tournons vers elle, délaissant la première. Le Président Hollande n’a pas été blâmé d’avoir délaissé sa concubine pour une actrice de cinéma, mais seulement d’avoir pris des risques inconsidérés pour aller la retrouver.
… Evidemment, c’est lorsque nous sommes nous-mêmes victimes et non acteurs de l’infidélité que nous en souffrons.
Mais : n’oublions pas que selon Spinoza nous sommes ici dans l’amour d’opinion et non de l’amour né des idées vraies, forme d’amour que nous réservons à Dieu (1). L’amour d’opinion étant lié à la passion, c’est-à-dire au bien que nous procure un être dans l’instant où nous éprouvons de l’amour pour lui – et réciproquement. Donc, ne nous étonnons pas s’il est volage.
o-o-o
- Dis-moi, Roger : dis-moi que tu m’aimeras toujours !
- Oh ! ma Lucette, je t’aime de toute mon âme. Mais si je trouve mieux que toi un jour, c’est cette femme-là que j’aimerai totalement.
- Salaud ! Tu n’es bien qu’un porc !
- Ne te fâche pas, Lucette ! Ça ne voudrait pas dire que tu serais moins belle ou moins désirable qu’avant. Ça veut seulement dire que mon désir pour toi s’est éteint. Et tu sais, le désir, ce n’est pas grand-chose…
D’ailleurs,  toi-même ma Lucette, tu dis que tu m’aimes, parce que tu crois que je suis le plus beau, le plus fort etc… mais si tu rencontrais là, maintenant, sur ton chemin ton acteur de ciné préféré, est-ce que tu ne me planterais pas illico ?
Car, à part Dieu, qui donc peut-on aimer d’une connaissance vraie ?
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(1) Spinoza précise : « Nous ne parlons pas ici de l'amour,, ou de la connaissance claire, parce qu’il ne doit rien à l'opinion. (Voy. plus loin, chap. XXII). »
 
 

Citation du 2 septembre 2014

 

L'amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude de jouissances que rien n'altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les cœurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but ; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas
 
Honoré de Balzac – La Duchesse de Langeais
 
L’infidélité(suite)
 
Ohé, les cœurs brisés ! Ce message est pour vous. Votre bonne amie vous a plaqué pour partir avec un godelureau minable, et du coup vous vous sentez encore plus minable que lui.
Lisez Balzac, vous serez consolés.
On a dit hier avec Spinoza que l’amour-passion était le lieu de plein de déconvenues, et que l’amour vérité bien plus authentique ne nous était pas accessible (1).
Mais consolez-vous : Balzac vient nous l’affirmer : contrairement à ce que prétend Spinoza, l’amour peut exister en dehors de la passion et il nous est accessible : c’est l’amour-fusion, non seulement avec l’être aimé, mais aussi avec la nature, le monde, l’univers.
Si donc vous avez été plaqué par une belle infidèle, dites vous que cet amour n’était pas le beau, le grand, le vrai amour.
Comment reconnaitre l’amour véritable alors ? Très simple : l’amour est ce qui résiste à la désespérance.
o-o-o
J’avoue que je ne m’amuse pas à paraphraser Balzac : la vérité est que je n’arrive pas à dire mieux que lui.
Je vous laisse donc avec son texte – Bonne lecture !
« L'amour et la passion sont deux différents états de l'âme que poètes et gens du monde, philosophes et niais confondent continuellement. L'amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude de jouissances que rien n'altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les cœurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but ; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas ; l'âme n'est ni plus ni moins ardente ou troublée, elle est incessamment heureuse ; enfin le désir étendu par un souffle divin d'un bout à l'autre sur l'immensité du temps nous le teint d'une même couleur : la vie est bleue comme l'est un ciel pur. La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes. La passion est un espoir qui peut-être sera trompé. Passion signifie à la fois souffrance et transition ; la passion cesse quand l'espérance est morte. » Honoré de Balzac – La Duchesse de Langeais
 
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