Tout le monde est occupé... Christian BOBIN

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Tout le monde est occupé

"Tout le monde est occupé" de Christian BOBINest un conte pour adultes emprunt de poésie, de magie. Nous suivons Ariane, une femme de ménage, dans ses bonheurs amoureux et de maternité, dans sa folie régénératrice et poésie de vie. « Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même – aussi naturellement que peut le faire la vue d’un cerisier en fleur ou d’un chaton jouant à attraper sa queue», Ariane en fait partie. Elle aime et par un geste simple donne son amour, par un attouchement fugace (un baiser) devient enceinte (par poésie et non comme si elle tombait dans une spirale médicalisée ou normée). Autour d’elle déambulent des personnages, avec leur propre façon de vivre, souvent à côté d’eux, elle fait le ménage (mais pas que de la poussière). En choisissant de regarder voler Ariane, légère de bonheur amoureux, et de suivre des yeux ses enfants, c’est une ode à la vie, à l’existence, à l’espièglerie (une certaine forme de folie, oui, oui, une propension à oublier ce que l’on attend de nous).


La spiritualité devient incarnée, la Vierge Marie, de plâtre bleu, change de couleur en fonction de ses émotions et, charnelle, décide de s’occuper aussi d’elle et de partir à travers le monde. La folie, l’amour, l’éducation, l’amitié, les relations de convenance, sont alors passées par un kaléidoscope de couleurs, d’humeurs et de sensations. Loin de suivre le chemin tracé, la norme, loin de reprendre ce que nous sommes dans la vie, Christian BOBIN semble nous dire de vivre, d’exister par nos propres poésies de vie. Un peu de spiritualité chrétienne, oui, mais ce serait être bien étriqué que de ne pas savoir y lire une spiritualité universelle.

Oublions les idées toutes faites, laissons le monde se refaire dans une discussion incessante entre un oiseau et un chat : Rembrandt, le chat, se délecte de théologie facile, Van Gogh, l’oiseau en cage, de philosophie naturelle. « Rembrandt peut rester en arrêt devant une phrase, plusieurs jours de suite. Il en fait son miel et ses délices. Il s’en lèche les babines. » Le style de BOBIN nous amène à nous prendre pour le chat de la maison, une phrase, une image, une idée, un rêve, un échappatoire, une manière irréelle de vivre… et pourquoi donc irréelle ? Pourquoi devrions-nous fantasmer des vies pour nos enfants ? La magie est en eux ! Une Manège, née à la sortie du train fantôme, aux yeux grands ouverts, toujours, sur le monde et ses petits riens qu’elle dessine, dessine, dessine. Un Tambour, passionné de physique et de chimie qui expérimente la vie avec des formules. Une Crevette, désincarnée ou réincarnée par amour de ses proches, au bec de lièvre inexistant par affection de ses proches, danse à deux centimètre au-dessus du sol. Refaire le monde, oublier les bonnes manières, de toutes façons, les « bonnes manières sont des manières tristes», revenir à l’état d’enfant, ne plus "être occupé" par nos préoccupations. Cette magie du tout en devenir, de l’appréhension nouvelle, non conditionnée, du monde : « Manège, quatre mois, fait un premier état des lieux : le monde a goût de lait et de lumière. Le monde rentre par la bouche et par les yeux. » Garder l’humour dont nous dote la vie (Dieu pour Christian BOBIN) à l’état de fœtus : encore ne faut-il pas être né avant terme !


« Il est très difficile de soutenir le regard fixe d’un tout petit – c’est comme si Dieu était en face de vous et vous dévisageait sans pudeur, en prenant tout son temps, un peu étonné de vous voir là. » Ce livre fait un peu le même effet, avec l’envie de vivre et d’exister et pas seulement par un artefact, un être de songe si existant soit-il.

 

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