Celui qui entre par hasard - René-Guy CADOU

Celui qui entre par hasard

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque noeud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le coeur de la forêt
II suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et 1'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

 

René-Guy CADOU

 

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Fils d’instituteurs, né en 1920 en Loire-Atlantique, René Guy Cadou envoie, dès l’âge de 17 ans, ses poèmes à Max Jacob qui reconnaît aussitôt en lui un poète.

Réformé pour cause de santé, il devient instituteur et rencontre Hélène, le grand amour de sa vie, inspiratrice de nombreux recueils.

Durant l’Occupation allemande, il ne s’engage pas de façon militante mais ses écrits, notamment le recueil Pleine poitrine,témoignent de son soutien à la Résistance et de son désir de dénoncer la barbarie nazie, par exemple dans les poèmes« Ravensbrück » et « Les Fusillés de Châteaubriant ».

Sa sensibilité littéraire le rapproche de Michel Manoll, Guy Bigot, Jean Bouhier, poètes de « l’École de Rochefort » – dès 1941, divers auteurs se regroupent, en réaction contre la poésie nationale imposée par le Régime de Vichy. Puis, pendant près de vingt ans, quelques 147 ouvrages sont publiés par une trentaine d’écrivains, dont Maurice Fombeure, Jean Follain, Eugène Guillevic. Avec humour, Cadou écrit qu’il s’agit plus d’« une cour de récréation » que d’une école littéraire au sens strict du terme. L’amitié du groupe l’emporte sur les préceptes. Ceux-ci font d’ailleurs la part belle à la liberté de chaque créateur. Pour preuve, la formule de Jean Bouhier, qui résume l’état d’esprit de ces poètes : « Dire leurs poèmes à la face du monde, les mêler aux rythmes de la nature, au bruit des arbres, de l’eau, les mêler à la vie. »

Jusqu’en 1951, année de sa mort prématurée, René Guy Cadou écrit de très nombreux poèmes. Michel Manoll, dans sa belle préface aux Œuvres poétiques complètes de son ami Cadou (éditions Seghers, 1973), en exprime la force sensible : « René Guy Cadou s’est voué à donner voix à tout ce qui participe au concert terrestre, sans en exclure la plus humble psalmodie ou le chuchotement le plus discret. […] En détachant la poésie de toute formule d’école, il l’a ramenée à sa vocation naturelle, qui est celle du chant et de l’effusion. »

Un des vers de René Guy Cadou pourrait être le doux reflet de toute son œuvre : « Le temps qui m’est donné que l’amour le prolonge. »

 

 

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