Premièrement- Paul Eluard-

http://archives.lesmanantsduroi.com/Images8/PaulEluard.jpg

 

Premièrement
Mon amour pour avoir figuré mes désirs

 

 

Mon amour pour avoir figuré mes désirs

Mis tes lèvres au ciel de tes mots comme un astre

Tes baisers dans la nuit vivante

Et le sillage des tes bras autour de moi

Comme une flamme en signe de conquête

Mes rêves sont au monde

Clairs et perpétuels.

 

Et quand tu n’es pas là

Je rêve que je dors je rêve que je rêve.

 

Premièrement

À haute voix

 

 

À haute voix

L’amour agile se leva

Avec de si brillants éclats

Que dans son grenier le cerveau

Eut peur de tout avouer.

 

À haute voix

Tous les corbeaux du sang couvrirent

La mémoire d’autres naissances

Puis renversés dans la lumière

L’avenir roué de baisers.

 

Injustice impossible un seul être est au monde

L’amour choisit l’amour sans changer de visage.

 

 

Premièrement

Ses yeux sont des tours de lumière

 

 

Ses yeux sont des tours de lumières

Sous le front de sa nudité.

 

À fleur de transparence

Les retours de pensées

Annulent les mots qui sont sourds.

Elle efface toutes les images

Elle éblouie l’amour et ses ombres rétives

Elle aime — elle aime à s’oublier.

 

Premièrement

Plus c’était un baiser

 

 

Plus c’était un baiser

Moins les mains sur les yeux

Les halos de lumière

Aux lèvres de l’horizon

Et des tourbillons de sang

Qui se livraient au silence.

 

 

Premièrement

Toi la seule

 

 

Toi la seule et j’entends les herbes de ton rire

Toi c’est la tête qui t’enlève

Et du haut des dangers de mort

Sur les globes brouillés de pluie des vallées

Sous la lumière lourde sous le ciel de terre

Tu enfantes la chute.

 

Les oiseaux ne sont plus un abri suffisant

Ni la paresse ni la fatigue

Le souvenir des bois et des ruisseaux fragiles

Au matin des caprices

Au matin des caresses visibles

Au grand matin de l’absence la chute.

Les barques de tes yeux s’égarent

Dans la dentelle des disparitions

Le gouffre est dévoilé aux autres de l’éteindre

Les ombres que tu crées n’ont pas droit à la nuit.

 

Premièrement

Le Mensonge menaçant

 

 

Le mensonge menaçant les ruses dures et glissantes

Des bouches au fond des puits des yeux au fond des nuits

Et des vertus subites des filets à jeter au hasard

Les envies d’inventer d’admirables béquilles

Des faux des pièges entre les corps entre les lèvres

Des patiences massives des impatiences calculées

Tout ce qui s’impose et qui règne

Entre la liberté d’aimer

Et celle de ne pas aimer

Tout ce que tu ne connais pas.

 

Paul Eluard

 

Ajouter un Commentaire